Après avoir vécu la crise en Alsace, il lutte contre le Covid-19 en Guyane


La Guyane est désormais l’un des seuls territoires français où les cas de Covid-19 explosent ces derniers jours. Des soignants de la réserve sanitaire y sont arrivés en renfort de métropole. Parmi eux, Stéphane Houmeau, cadre supérieur de santé, qui avait vécu l’épidémie chez lui, à Strasbourg.

Stéphane Houmeau, en mission pour la réserve sanitaire à Camopi, dans la forêt amazonienne, en Guyane française © DR

« C’est la solidarité nationale, ce pour quoi on s’engage » : Alors que l’épidémie poursuit sa décrue en France métropolitaine, Stéphane Houmeau, cadre supérieur de santé à l’hôpital de Strasbourg, et infirmier anesthésiste, n’en a pas fini avec le Covid-19. 

Depuis le 29 mai, il a rejoint, en tant que volontaire de la réserve sanitaire, dont il fait partie depuis 2007, Camopi, village amérindien de Guyane française, situé en plein cœur de la forêt amazonienne, à la frontière avec le Brésil. La Guyane a atteint ce lundi le stade 3 de l’épidémie et on dénombrait ce mardi deux décès supplémentaires (cinq au total, depuis le début de l’épidémie) liés au Covid-19, 1421 cas positifs de coronavirus, soit 95 de plus que la veille, 72 hospitalisations et 13 patients placés en réanimation. Le second tour des élections municipales, prévu le 28 juin a été reporté sur le territoire.

Au téléphone depuis le petit village, Stéphane Houmeau se remémore la crise en Alsace, un moment très « intense« , qui a aussi vu émerger un « élan de solidarité des soignants« .  Des soignants de la réserve sanitaire viennent d’ailleurs en renfort dans son hôpital, où il gère les flux et coordonne les placements de patients. Pendant la crise, il a fallu ouvrir 120 lits de réanimations supplémentaires au CHU de Strasbourg et transformer de nombreux services en unités Covid. 

« Quand il faut y aller, on va au combat »

Malgré la fatigue générée par la crise, quand il reçoit la demande de Santé Publique France, Stéphane se porte volontaire pour partir en Guyane. « Après avoir reçu l’aide de beaucoup de monde à Strasbourg, il était logique pour moi de proposer mon aide dans une situation aiguë ailleurs » explique simplement le cadre de santé.

Après deux semaines de congés, il arrive donc fin mai, pour trois semaines de mission. « Pendant une mission on est rarement fatigué, car on gère et il y a l’adrénaline du travail : comme je l’ai vécu à Strasbourg, quand il faut y aller, on va au combat, et c’est quand les choses retombent que les gens commencent à se poser et ressentent la fatigue » décrit-il.

L’expérience de Strasbourg lui est utile, mais aussi celle accumulée depuis 13 ans, au sein de la réserve sanitaire, lors de missions pour lutter contre Ebola, Zika, ou après le séisme en Haïti et au Népal. À Strasbourg, la gestion de l’épidémie a été similaire à ces expériences de catastrophes. « Comme en mission, il faut trouver des temps pour se préserver, se reposer et prendre soin de soi » décrit le cadre de santé.

Une situation « apaisée » à Camopi, très tendue sur le littoral

Alors à Camopi, ce village amérindien de 1800 habitants, installé sur un « lit de camp » avec des « rations militaires » au menu, Stéphane Houmeau est venu en renfort du dispensaire local, où fin mai, « certains soignants avaient eux mêmes été touchés par le Covid« . À l’époque, alors que le déconfinement est en vigueur depuis le 11 mai, un foyer de contamination apparaît dans ce village frontalier du Brésil, pays parmi les plus touchés au monde par la pandémie. « Quand on est arrivé, la situation était un peu tendue car il y avait eu un cluster important » relate Stéphane Houmeau.

A la tête d’une équipe de 15 personnes en renfort à Camopi, il ouvre donc une « maison Covid« , un centre de dépistage de la population. « Il y a eu une campagne de dépistage, de prévention et un confinement qui ont été très bien accepté par les habitants et depuis, la situation s’est apaisée à Camopi« . Aucun cas positif depuis plus d’une semaine n’est à déplorer. « On voit le fruit de notre travail » commente le cadre de santé, qui s’apprête à rentrer en métropole dimanche, « satisfait d’avoir participé et soutenu les collègues ici, d’avoir pris le relais« . 

Mais la situation guyanaise reste très préoccupante avec une explosion du nombre de cas depuis quelques jours, notamment sur le littoral. « Le virus circule partout » précise ce mardi l’Agence Régionale de Santé à France Inter. 70 membres de la réserve sanitaire sont arrivés en renfort la semaine dernière et l’ARS a sollicité l’aide de plusieurs dizaines d’autres volontaires. Un appel a été lancé au ministère de la Santé pour les jours et les semaines à venir. 

Gérer l’épidémie en décalé dans le temps par rapport à la métropole pourrait cependant être un avantage, selon Stéphane Houmeau. « Ce temps de latence a permis à l’ARS de solliciter du monde et d’appuyer les dispositifs pour maintenir l’offre de soin et limiter la crise » estime-t-il.





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