Après-Covid-19 : l’Afrique au chevet de ses entreprises


La crise sanitaire du Covid-19 frappe de plein fouet les économies des pays du continent, des ménages et surtout des très petites et moyennes entreprises, véritables piliers de la vie économique africaine. Ces entreprises contribuent pour près de 33 % dans le PIB africain et fournissent 85 % des emplois du secteur privé. La pandémie de Covid-19 et surtout les mesures de restriction adoptées en mars et avril les ont fragilisées un peu plus. Pour la première fois, les États se sont fortement mobilisés du nord au sud pour les soutenir et imaginé des pistes de solutions pour l’après. L’occasion aussi de penser cette crise comme une opportunité de transformer le secteur informel.

Des pertes déjà colossales

L’enjeu est de taille : un rapport publié par l’Union africaine a estimé que la crise économique engendrée par le Covid-19 pourrait entraîner la destruction de près de 20 millions d’emplois. L’African Guarantee Fund (AGF), spécialisé dans le financement des petites et moyennes entreprises, estime « entre 20 et 40 milliards de dollars » la perte de chiffres d’affaires pour les PME en Afrique en 2020 due à la pandémie. Ces chiffres pourraient être bien plus élevés alors que les entreprises africaines sont affectées de diverses manières. Il y a celles dont l’approvisionnement dépend de la Chine et qui se sont retrouvées affectées par les longs mois d’arrêt. Viennent ensuite celles qui exportent vers l’Asie, l’Europe, voire les États-Unis, des marchés qui se sont fermés du jour au lendemain. Enfin, la majorité des entreprises ont dû fermer à cause des mesures de confinement partiel. C’est le cas des PME dans le tourisme, la restauration, la coiffure, des services, des télécommunications, etc.

Des pistes de solutions sont déjà avancées sur le plan budgétaire avec une forte mobilisation des États africains et l’appui des bailleurs de fonds internationaux. Mais tout cela reste insuffisant, le FMI et la Banque mondiale ont même estimé à la mi-avril qu’il manquait 44 milliards d’euros à l’Afrique pour lutter contre le coronavirus. D’autant que ces structures rencontrent déjà d’immenses difficultés dans la recherche de capitaux, dans leur structuration et leur déploiement. Il faut souligner que le financement des PME est encore considéré par de nombreux acteurs du secteur financier en Afrique comme une activité risquée.

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Partout, des projets de ripostes

Plusieurs pays sont montés au créneau pour protéger leurs PME. Le gouvernement ivoirien a prévu, entre autres, un fonds de garantie aux PME et aux entreprises du secteur informel d’un montant de 100 milliards de FCFA. De même au Sénégal, le Plan Covid19 prévoit la mise en place d’un mécanisme de financement des entreprises d’un montant de 200 milliards de FCFA sous forme de crédits de trésorerie ou d’investissement en partenariat avec le secteur bancaire.

Le gouvernement sud-africain a ainsi mis en place des mesures pour soutenir les entreprises, avec notamment 10 milliards d’euros de garanties de prêts. Beaucoup d’entre elles pourront, d’ailleurs, reprendre leur activité à partir du 1er juin, comme l’a annoncé récemment le président Cyril Ramaphosa, ce qui devrait permettre « le retour au travail de près de 8 millions de personnes ». Pour le pays, la levée des restrictions est essentielle pour préserver la santé économique du pays.

À l’échelle continentale, la Banque africaine de développement (BAD) a annoncé la création d’un fonds de 10 milliards de dollars pour soutenir les économies africaines. Et l’Union africaine (UA) de lancer, le 7 avril, un fonds spécial contre le Covid-19 auquel les États membres ont déjà accepté de contribuer à hauteur de 17 millions de dollars. « Nous devons mobiliser toutes les ressources pour contenir cette pandémie et empêcher l’effondrement d’économies et de systèmes financiers déjà en difficulté », a déclaré le président en exercice de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Toute la difficulté est de trouver de l’argent disponible rapidement. Les institutions, comme la Banque mondiale ou la BAD qui ont promis des milliards, sont soumises à des procédures contraignantes, et leurs aides mettent souvent plusieurs mois avant d’être débloquées.

L’UA s’est déjà lancé dans la création d’une plateforme centralisée à travers son partenariat avec Ecobank. L’objectif est d’aborder « les enjeux, les défis et les besoins des MPME pendant et après le Covid-19, et qui sera un outil global, flexible, complet et universel pour les MPME dans les secteurs formel et informel sur le continent. »

Dans la région Uemoa, l’heure est déjà à l’innovation et la Banque centrale, la BCEAO, a lancé les bons Covid-19. De l’argent immédiatement disponible pour les États de la zone. En quelques jours, il s’en est écoulé pour près de 1 200 milliards de CFA. Et le succès n’est pas près de s’arrêter, et les pays sont toujours plus nombreux à se saisir de cet outil.

« En Afrique, les gens qui travaillent sont pour la plupart dans des petites ou moyennes entreprises, dans le secteur informel. Ils travaillent chaque jour une heure par-ci, une heure par-là. Ça peut devenir une crise sociale ! » a prévenu son patron Akinwumi Adesina sur l’antenne de la radio RFI, à l’heure où plusieurs pays du continent ont adopté des mesures de confinement des populations. « Malheureusement, l’Afrique n’a pas les ressources pour faire la compensation, pour compenser les salaires des gens, comme les pays développés l’ont fait », a-t-il poursuivi. « Si les gens ne peuvent pas produire, on aura une autre crise, qui sera une crise alimentaire », a-t-il également expliqué.

Un fonds de 2,4 milliards de dollars

Et c’est là qu’intervient l’African Guarantee Fund. Grâce à sa facilité de garantie, AGF aide les institutions financières à couvrir partiellement les risques liés au financement des PME. L’institution a annoncé, lundi 18 mai, la mise en place d’un fonds de deux milliards de dollars. « Le mécanisme Covid-19 d’AGF s’élève à 1,2 milliard de dollars de garantie, ce qui permettra aux banques de financer les PME jusqu’à hauteur de 2,4 milliards dollars au moins pour une période de deux ans », souligne un communiqué. « Les conséquences de la pandémie de Covid-19 continueront d’avoir des effets négatifs croissants sur les PME en Afrique, tant du côté de l’offre de crédits que de celui de la demande », a déclaré Félix Bikpo, directeur général d’AGF. « Par conséquent, nous anticipons une détérioration de la solvabilité des PME. Il est probable que ce facteur induise une augmentation du coût du crédit pour le secteur financier, ce qui accroîtra certainement sa réticence à financer les PME en l’absence de stimuli extérieurs. » L’AGF continue également d’« apporter son assistance technique afin de développer la capacité des institutions financières à évaluer les risques des PME », ajoutant que « cela permettra d’analyser les impacts de la pandémie sur les institutions financières et d’offrir les réponses idoines pour une adaptation efficace des PME à ce nouveau contexte ».

La résilience des PME africaines

Depuis le début de la crise les petites et moyennes entreprises ont fait montre de stratégie pour résister et survivre. Exemple au Nigeria. Avant la pandémie de coronavirus, Rovingheights, librairie basée à Abuja et Lagos, a dû fermer non seulement ses deux sites, mais aussi son service de livraison. Au Nigeria, les petites et moyennes entreprises telles que Rovingheights représentent 96 % des entreprises et 84 % des emplois, et au cours des cinq dernières années, elles ont contribué à environ la moitié du PIB du Nigeria, informe le site d’analyse Stears Business. Pour survivre, cette entreprise s’est tournée vers le numérique et Flutterwave, une jeune pousse américaine qui a développé une solution de paiements. La start-up a signé, cette année, un gros partenariat avec Alibaba, permettant aux commerçants africains de recevoir des paiements de la part des utilisateurs de son application de paiement Alipay. « Vous avez de petites entreprises qui sont pénalisées à cause du Covid-19, elles sont toutes fermées. Alors, nous nous sommes demandé ce que nous pouvons faire pour les aider ? Nous avons ensuite créé le site en ligne Flutterwave qui permet à toute petite entreprise partout dans le monde de se connecter, de créer un profil, de télécharger ses produits et de commencer à vendre », a expliqué son fondateur, Olugbenga Agboola à CNN.

S’adapter certes, mais de nombreuses voix s’élèvent de plus en plus pour faire de la crise sanitaire une opportunité pour aller plus loin en faisant rentrer par exemple les entreprises du secteur informel dans le formel et ainsi stimuler tout l’écosystème entrepreneurial africain.

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