Au Brésil, Bolsonaro utilise à son avantage la crise du Covid-19


Analyse. Il est bien le seul à qui l’épidémie a redonné la santé. Donné fatigué il y a quelques mois seulement, victimes de chutes et hospitalisé à plusieurs reprises, le président brésilien Jair Bolsonaro abordait plutôt mal l’année 2020, la deuxième de son mandat. Paradoxalement, la crise due au coronavirus, ses drames innombrables, ses morts et ses malades, lui ont offert comme un bain de jouvence.

On ne pourra pas l’accuser d’être resté passif – dans le mauvais sens du terme : ces trois derniers mois, ce terrifiant trublion s’est surpassé. La crise appelle à l’union nationale ? Le capitaine Bolsonaro part en guerre, baïonnette au canon, contre les gouverneurs, le pouvoir judiciaire et le Parlement, menace le pays d’un coup d’Etat. Les médecins recommandent confinement et distanciation sociale ? Il traite l’épidémie de « petite grippe », incite ses partisans à descendre dans la rue et appelle les commerces à rouvrir partout.

Le président a joint la parole aux actes, poussant à la démission deux ministres de la santé successifs, tentant par tous les moyens de maquiller les chiffres officiels et empêchant tout plan sanitaire national. Et tant pis si le pays, avec plus de 50 000 morts et un million de malades, est en passe de devenir l’épicentre mondial de l’épidémie et pourrait même dépasser en nombre de victimes les Etats-Unis d’ici la fin juillet. « Et alors ? », rétorque Bolsonaro, qui se balade à cheval ou en jet ski, pose pour des selfies, et multiplie les bains de foule.

Aucune destitution possible

Non seulement Jair Bolsonaro ne se bat pas contre l’épidémie, mais il la nourrit. Car en vérité, le Covid-19 est son allié. Il produit en effet ce que le leader d’extrême droite chérit le plus, là où il se sent le mieux et ce dont il a le plus besoin : le chaos.

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Force est de constater que, pour le moment, Jair Bolsonaro a su habilement utiliser la crise à son avantage. Profitant du désordre ambiant, le chef de l’Etat a entamé de discrètes négociations pour s’attirer le soutien du centrão, ce ventre mou du Congrès brésilien, composé d’une demi-douzaine de formations attrape-tout et opportunistes, mêlées à de nombreuses affaires de corruption. Bolsonaro leur a offert plusieurs postes d’administration juteux et un ministère (celui de la communication). C’est cher payé mais essentiel : le centrão occupe près du tiers des sièges à la Chambre des députés. Sans lui, aucune destitution n’est possible.

Bolsonaro a également ressoudé son gouvernement. Depuis le départ du populaire ministre de la justice Sérgio Moro en avril, il ne souffre plus d’aucune concurrence au sommet de l’Etat. Mieux : les enquêtes et menaces de destitution à son encontre ont exaspéré les ministres militaires, qui font désormais bloc derrière « leur » capitaine-président. Un général du gouvernement a ainsi menacé le Tribunal suprême fédéral de « conséquences imprévisibles » en cas d’approfondissement des enquêtes. Un autre a récemment conseillé à l’opposition de ne pas trop « tirer sur la corde », au risque d’une intervention armée…

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