Au Brésil, l’impossible comptabilité des morts du Covid-19


Le cimetière de Nossa Senhora Aparecida à Manaus,  au Brésil, le 22 avril 2020. MICHAEL DANTAS / AFP

Avec 5 901 décès et 85 380 cas confirmés jeudi 30 avril, le Brésil est officiellement devenu l’un des pays du monde les plus touchés au monde par le coronavirus. Selon les chiffres divulgués par le ministère de la santé, le nombre de victimes aurait doublé en un peu plus d’une semaine et, si l’on en croit les sombres prévisions de l’Imperial College de Londres, pourrait rapidement atteindre les 10 000.

Depuis le début de la pandémie, nombreux sont les experts au Brésil à dénoncer une gigantesque sous-notification du nombre de cas et de victimes du SARS-CoV-2. Ainsi en va-t-il, par exemple, du groupe COVID-19 BRASIL, réunissant chercheurs et épidémiologiste issus des meilleures universités du pays. Jeudi, ce dernier a estimé le nombre de cas entre 1,1 et 1,6 million, soit 12 à 18 fois plus que les données du ministère de la santé.

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Deux semaines plus tôt, le 15 avril, c’est un autre collectif, baptisé Observatoire Covid-19 BR, en partenariat avec la revue en ligne UOL, publiait un chiffre plus effrayant encore : selon les scientifiques, le nombre de décès au Brésil serait 2 à 9 fois supérieur aux chiffres du gouvernement, soit 3 800 à 15 600 morts à l’époque, ce qui représenterait de 11 800 à 53 000 aujourd’hui : une véritable hécatombe, qui (si elle était confirmée) pourrait faire du Brésil un des principaux foyers actuels du coronavirus.

Nombre record d’enterrements

Plusieurs éléments intriguent en effet les spécialistes, à commercer par le nombre record d’enterrements dans les cimetières du pays, qui ne colle guère avec les projections optimistes du gouvernement. A Sao Paulo, épicentre de l’épidémie, 13 000 sépultures doivent être creusées dans les prochaines semaines pour accueillir les décès à venir, liés en particulier au coronavirus. Autre exemple : Fortaleza (Nordeste) a prévu de créer 4 500 nouvelles tombes.

Les chercheurs s’intéressent aussi au nombre record de syndrome ­respiratoire aigu sévère (SRAS) constatées dans les hôpitaux du pays. A la mi-avril, selon le dernier bulletin épidémiologique du ministère de la santé, le Brésil avait comptabilisé officiellement 3 364 décès directement liés au Covid-19 en 2020, mais aussi 5 283 morts de SRAS « non spécifiés » ou « en cours d’investigation » : autant de victimes que les chercheurs suspectent d’être souvent liés au nouveau coronavirus.

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Car « les chiffres officiels ne reflètent qu’une partie de la réalité de l’épidémie », estime Paulo Inacio Prado, professeur à l’Université de Sao Paulo (USP) et membre de l’Observatoire Covid-19 BR. Débordés, les laboratoires peinent à analyser les milliers de tests sérologiques et PCR. Il faut parfois quinze à vingt jours pour authentifier la cause d’un décès. « Les données dévoilées quotidiennement par le gouvernement sont donc une photographie non pas de l’instant présent, mais plutôt de la situation d’il y a quelques jours, voire quelques semaines… », analyse le chercheur.

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