Aux États-Unis, une promotion de diplômés forgée par le Covid-19


Quand Nicole Levy s’est lancée dans des études de santé publique à l’université Columbia après avoir travaillé dans le journalisme, la jeune New-Yorkaise ne s’attendait pas à une telle cérémonie de remise de diplômes. Rite fort dans la vie de tout jeune Américain, la graduation de 2020 ne ressemble à aucune autre, Covid-19 oblige. Comme les autres étudiants dans le pays, Nicole n’a pas eu le droit à la traditionnelle cérémonie en présence de proches et les photos en toge universitaire : fin mai, elle a participé à une grande visioconférence avec ses camarades et enseignants. « C’était un peu décevant de ne pas pouvoir fêter ce moment avec ma famille, reconnaît-elle, mais, même si cette cérémonie et cette fin de semestre ont été bizarres et surréalistes, je sais qu’il y aura beaucoup d’opportunités pour moi d’avoir un impact positif sur la société et le système de santé. »

Entre déception et idéalisme, la promotion 2020 des écoles de médecine et de santé publique a été forgée par le Covid-19. C’est particulièrement le cas à New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis, où de nombreux étudiants ont rejoint l’effort de guerre contre le virus. Pour Nicole Levy, qui s’est inscrite au programme de santé publique de Columbia après que son grand-père a été diagnostiqué de la maladie d’Alzheimer, le lourd tribut payé par les maisons de retraite n’a fait que renforcer son engagement pour la prise en charge des séniors, son domaine de spécialisation. « Cette pandémie nous rappelle que les personnes âgées ont besoin d’attention. Notre société doit mieux s’en occuper, préserver leur dignité et reconnaître leur contribution, dit-elle. Avant cette pandémie, personne dans la famille ne comprenait vraiment ce que nous étudions. La santé publique était un mystère. Maintenant, le pays sait ce que c’est et comprend l’importance d’investir dedans. »

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« Je n’ai pas été surprise de voir les injustices se manifester pendant la pandémie »

En tant que femme noire née d’une mère jamaïcaine, Janine Inez, diplômée de l’école d’infirmières de Columbia, veut travailler avec les populations qui n’ont pas facilement accès à la santé (minorités visibles, sans-papiers, non-assurés…) et dont la vulnérabilité a été exposée par le virus. La communauté noire, par exemple, a été affectée de manière disproportionnée par le Covid-19, soit parce que les Noirs occupent des « emplois essentiels » (livreurs, soignants, transports…), soit parce qu’ils ont de nombreuses comorbidités (asthme, diabète, obésité…), elles-mêmes liées aux disparités de soins.

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« Étant une personne de couleur, je n’ai pas été surprise de voir les injustices se manifester pendant la pandémie. Elles ont existé toute ma vie », dit-elle. Issue d’une famille qui compte de nombreux infirmiers, Janine a d’abord étudié l’écriture télé/cinéma à Los Angeles avant de vouloir devenir infirmière. Elle-même atteinte d’asthme, facteur aggravant du Covid, elle n’a pas pu rejoindre ses camarades appelés à prêter main-forte dans les hôpitaux en mars. Toutefois, elle a participé au Columbia Student Service Corps, un programme pour étudiants lancé au moment de la crise pour aider les populations vulnérables. Son rôle : contribuer à la prise en charge psychologique des soignants en première ligne. « Ils ont été traumatisés par leur expérience, par le nombre de morts, souligne-t-elle. Certains n’avaient jamais eu à faire face à la mort avant. »

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Vivant dans les Rockaways, une presqu’île new-yorkaise dans le sud de la ville, Sabastian Hajrovic, diplômé de sciences biomédicales à l’université City-College of New York, veut désormais faire plus que de la médecine. À 21 ans, le major de sa promo, déjà engagé dans plusieurs causes, envisage de se lancer en politique après avoir constaté la gestion catastrophique de la crise sanitaire aux États-Unis. « C’est important pour les scientifiques, les médecins, les chirurgiens d’être élus et d’être dans des positions où ils peuvent prendre des décisions, utiliser leur sens critique. Nous le devons à la société », affirme-t-il. Comme d’autres, il pense que le monde se souviendra longtemps de cette promotion 2020. « Nous terminons nos études à un moment où le monde est en train d’être redéfini et restructuré. Les diplômés de 2020 ont l’opportunité de l’améliorer. »



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