Célébrer ses 100 ans en pleine COVID-19 : l’histoire de ma grande tante Georgette


Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.   

Ma grande tante a célébré ses 100 ans en pleine pandémie de la COVID-19. Même si son fils Jacques ne pouvait la regarder qu’à travers la fenêtre de sa résidence privée, elle a eu droit à des ballons et à une portion gargantuesque de côtes levées et de frites.   

L’organisation du centième anniversaire de ma grande tante trottait dans la tête de mon petit cousin Jacques Prud’homme depuis un an. Toute la famille devait y être.    

La résidence privée où réside ma grande tante Georgette n’a aucun cas de COVID-19, mais Jacques ne pouvait pas lui rendre visite de toute façon, étant atteint de la maladie de Crohn. Ça ne l’a pas empêché de faire ça en grand.    

«C’est là que j’ai eu l’idée de demander à toute la famille de faire des vœux par vidéo. On les a envoyés par courriel à la directrice adjointe et elle lui a montré sur son iPad», relate-t-il.    

Pour son souper de fête, il lui a apporté des côtes levées et une liqueur douce avec la complicité de la résidence. «J’ai attaché les ballons autour de la boîte de repas, j’ai mis la boîte par terre et ils sont venus la chercher, m’explique Jacques. Tout a été désinfecté avant par le personnel.»  

Célébrer ses 100 ans en pleine COVID-19 : l’histoire de ma grande tante Georgette

COURTOISIE RÉSIDENCE LE JOUR ET LA NUIT

Émue, Georgette a embrassé les ballons en suppliant son fils de rentrer. L’émotion était palpable, mais douce-amère. C’est que Tante Georgette souffre de démence.    

Préposée responsable aux activités des résidences Le Jour et La Nuit de Mascouche depuis 11 ans, Olivia Guyon rêvait elle aussi d’une fête grandiose pour Georgette.    

«Je ne pouvais pas passer à côté de ça, s’exclame-t-elle. Premièrement, on n’a pas 100 ans tous les jours. Et deuxièmement, c’était madame Morin.»    

Car pour Olivia, Tante Georgette est comme «sa» mamie de rêve. Elle la cajole, lui fait prendre sa douche et la costume même lors d’activités thématiques.    

«Je le fais parce que j’ai la chance d’avoir ma mère chez moi et de la voir chaque jour, martèle la préposée. Si ma mère était en résidence en ce moment, je ne sais pas comment je réagirais.»    

Célébrer ses 100 ans en pleine COVID-19 : l’histoire de ma grande tante Georgette

COURTOISIE RÉSIDENCE LE JOUR ET LA NUIT

En congé ce jour-là, elle est quand même rentrée au travail pour organiser une petite fête avant le souper de Jacques. Un gigantesque gâteau à la mousse au chocolat a été servi avec des bougies.    

«J’ai acheté une banderole, j’ai décoré un peu et j’ai acheté sa petite couronne, ajoute Mme Guyon. À la collation, on lui a chanté bonne fête, on lui a donné une carte et une belle boîte de chocolats.»    

La résidence s’apprête à célébrer un 105e anniversaire prochainement. Pour sa part, Jacques Prud’homme souhaite garder sa mère longtemps encore.    

«C’est dans son caractère, Georgette, c’est une battante. Ce n’était pas une personne qui se laissait aller», dit Jacques.    

Il faut dire qu’elle a eu une vie mouvementée : elle a étudié au Business College à Rawdon, ouvert sa propre bijouterie à Montréal après la Seconde Guerre mondiale et s’est lancée dans l’exportation dans les années 1950, après que sa boutique ait passé à travers deux cambriolages et un incendie. Elle s’est également impliquée longtemps en politique, où elle a rencontré son mari.    

D’aussi loin que je me rappelle, ma grande Tante Georgette a tenu tête à chaque obstacle dans sa vie… et ce, depuis 100 ans.  

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COURTOISIE JACQUES PRUD’HOMME



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