Covid-19 : âge, niveau de vie… une gigantesque étude anglaise pour affiner les profils à risque


Maladies sous-jacentes, niveau de vie, âge, sexe, origine sociale ou ethnique… Un collectif de chercheurs de l’université d’Oxford et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine a tenté cette semaine de dresser le profil des personnes les plus susceptibles de succomber à une infection au nouveau coronavirus.

Certes, ils ne sont pas les premiers scientifiques à le faire, mais il s’agit là de la plus grande étude menée à ce jour à l’échelle d’un pays. Ont ainsi été analysées les données de santé « anonymisées » de plus de 17,4 millions d’adultes britanniques entre le 1er février et le 25 avril 2020. Parmi eux, 5 707 sont décédés dans les hôpitaux après avoir contracté la maladie. Cette immense base de données, fournie par le NHS – le système de santé public anglais – confirme un certain nombre de tendances.

Âge avancé, obésité, diabète et asthme…

Le premier facteur associé à la mortalité du Covid-19 demeure sans surprise l’âge. Et de très, très loin. Dans cette étude, publiée jeudi, les plus de 80 ans auraient ainsi 12 fois de risques de mourir que la tranche d’âge 50-60 ans. Cet écart est encore trois plus grand lorsque l’on compare avec les 40-50 ans. La prévalence du sexe masculin est également confirmée : la probabilité de mourir de la maladie est doublée pour un homme.

Vient ensuite le rôle joué par les comorbidités. Des pathologies comme le diabète, l’asthme et surtout le surpoids s’avèrent des facteurs aggravants, comme le suggéraient déjà un certain d’études précédentes. Les personnes souffrant d’obésité morbide sont ici 2,4 fois plus représentées parmi les décès. Même chose ou presque pour les cas graves de diabètes, ceux dit « incontrôlés ». Concernant les asthmatiques sévères, le risque supplémentaire se situe autour de 1,25. En revanche, contrairement aux travaux de confrères, les membres de l’université d’Oxford relativisent le poids de l’hypertension (1,07).

Enfin, ces travaux confirment que les minorités ethniques (Noirs, asiatiques) et les plus pauvres sont surreprésentés dans les listes de défunts. Le risque de décès y est environ 1,6 à 1,7 supérieur. Le professeur Liam Smeeth, professeur d’épidémiologie clinique au LSHTM, médecin du NHS et codirecteur de l’étude déclare que ces différences « ne sont pas attribuables à des problèmes de santé sous-jacents cliniques » (maladie cardiovasculaire, diabète…). Des travaux supplémentaires sont prévus sur cette problématique. L’hypothèse de la surreprésentation de ces populations parmi les métiers les plus exposés au Sras-Cov-2 (santé, commerce, chantiers…) doit notamment être creusée.

Une étude pas encore validée mais déjà critiquée

À noter que cette étude suscite toutefois quelques réserves. D’autant plus qu’elle n’a pas encore été validée par la communauté scientifique – une pratique de plus en plus répandue en cette période d’urgence sanitaire, au Royaume-Uni comme en France.

Ce qui pose question ici, ce sont les comparaisons qui sont faites entre ces différents niveaux de risque. Comme nous l’a confirmé un des chercheurs Seb Bacon, cette étude « suggère qu’un homme âgé de 40 à 49 ans atteint d’un diabète contrôlé a moins de chances de décéder qu’un homme de 50-59 ans sans diabète ». « C’est une interprétation raisonnable », abonde son collègue Ben Goldacre, également joint par Le Parisien.

Mais ces « scores de risque » manqueraient de pertinence méthodologique, selon Carole Dufouil, épidémiologiste. « Vous pouvez numériquement conclure beaucoup de choses du modèle mais à la base, il est faux », indique la directrice de recherches à l’Inserm. Elle pointe notamment du doigt des confusions entre les notions de causalité (une chose en provoque une autre) et de corrélation (un simple lien entre deux choses). Selon elle, il est impossible de tirer de telles conclusions en l’état.

Disparités sociales, économiques et sanitaires, différences culturelles… L’apparition d’infections graves au Covid-19 entre telle ou telle personne semble, il est vrai, relever d’une combinaison d’éléments.



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