COVID-19 : autopsie d’une quarantaine ratée dans une ressource intermédiaire de Matane | Coronavirus


Depuis le début de la pandémie, le ministère de la Santé oblige les personnes hospitalisées à respecter une quarantaine stricte de 14 jours lors de leur arrivée dans une ressource intermédiaire.

La mesure de confinement vise aussi ceux qui ont reçu un résultat négatif de la COVID-19 comme le client en question, les symptômes pouvant se manifester après plusieurs jours.

Avant l’arrivée de ce bénéficiaire, le 15 avril, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent avait pourtant été alerté qu’il serait difficile, voire impossible, de confiner une personne lourdement handicapée pendant deux semaines entre les quatre murs de sa chambre.

L’infirmier Mathieu Lamarre, embauché comme consultant par la résidence, avait levé un drapeau rouge aux autorités sanitaires pour empêcher ce transfert. Il dit avoir agit pour protéger les autres résidents, des personnes vulnérables.

Est-ce que le confinement a été réfléchi? Car le confinement du patient dans sa chambre sera impossible, a mentionné le professionnel de la santé au CISSS.

De croire que c’était possible [la quarantaine de ce client] est à mon avis incompréhensible.

Mathieu Lamarre, infirmier

Comme l’infirmier l’appréhendait, l’homme s’est promené dans toute la résidence, entrant en contact avec les autres bénéficiaires, dès son arrivée. Il ne restait pas assis cinq minutes, nous a mentionné une source interne qui a voulu garder l’anonymat pour éviter les représailles. Dès la première journée, il était rendu partout.

La résidence accueille des personnes handicapées vulnérables et immunosupprimées.

Des sources près du dossier nous ont mentionné que les employés se seraient montrés eux aussi extrêmement inquiets d’accueillir une personne qui arrivait directement d’un centre hospitalier où des patients atteints du coronavirus sont traités, bien que le client ait reçu un résultat négatif à sa sortie de l’hôpital.

De plus, pour une raison qui demeure inexpliquée, les travailleurs auraient reçu une partie du matériel de protection quelques heures après l’arrivée du nouveau client.

L’infirmier Mathieu Lamarre a décidé de commenter le dossier pour défendre sa gestion de la situation. Il impute la décision de transférer ce client au CISSS et non à la résidence.

L’infirmier a aussi de la difficulté à comprendre pourquoi les gestionnaires du réseau ont attendu 48 heures avant de déléguer une personne supplémentaire chargée de surveiller ce résident.

En sachant que cette personne-là avait des besoins très particuliers, en jargon on appelle ça du un pour un, le réseau devenait fournir une ressource.

Mathieu Lamarre, infirmier

S’il avait eu le virus, il aurait été trop tard nous ont répété plusieurs sources près du dossier.

Le CISSS ajuste le tir

Mais l’ajout d’une ressource par le CISSS du Bas-Saint-Laurent était loin de constituer une solution miracle.

Le bénéficiaire en quarantaine théorique aurait tout même trouvé le moyen de se balader dans les espaces communs.

En raison de son état, le client ne tolérait pas le port du masque et ne respectait pas la distanciation physique avec les autres résidents qui souffrent tous de handicaps physiques et mentaux, nous ont raconté des sources internes.

Il aura fallu attendre 10 jours, soit le 25 avril, pour que les autorités sanitaires prennent enfin la décision d’isoler le client dans un lieu situé à l’extérieur de la résidence, sous supervision et sans possibilité de contacts avec d’autres.

C’est à cet endroit que cette personne a terminé son isolement le 29 avril.

La propriétaire de l’établissement n’a pas voulu nous accorder d’entrevue et nous a dirigé vers le CISSS.

Directive du ministère de la Santé du 12 avril

Si la personne a un résultat négatif à la COVID-19 et qu’elle n’a aucun symptôme, il est possible d’intégrer ou de réintégrer cette personne dans une RI-RTF, incluant dans une RI-RTF qui n’aurait pas de cas de COVID. Toutefois, compte tenu que le résident pourrait tout de même développer des symptômes dans les jours suivants, un isolement préventif à la chambre est requis pendant 14 jours.

Source : Consignes concernant les ressources intérimaires, Québec

Transfert nécessaire?

Le centre intégré de santé et de services sociaux de Rimouski-Neigette.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Le transfert a eu lieu le 15 avril, soit quatre jours après l’annonce de Danielle McCann à l’effet que le transfert de patients des hôpitaux vers les Centres d’hébergement et de soins de longues durées (CHSLD) et les ressources intermédiaires (RI) étaient pourtant chose du passé.

La ministre voulait éviter ainsi que d’autres cas de coronavirus se déclarent dans des résidences où vivent des personnes vulnérables.

On arrête les transferts de nouvelles personnes en RI en RTF et en CHSLD pour le moment donc effectivement c’est cessé.

Danielle McCann, ministre de la Santé

Les directives publiées par le Ministère le 12 avril mentionnent que le déplacement de l’usager demeure la dernière alternative à envisager dans le contexte actuel.

Selon le CISSS qui nous a répondu par écrit, ces règles ne concernent que les CHSLD et les résidences pour personnes âgées.

Cependant, selon le document du ministère que Radio-Canada a pu consulter, cette directive s’adresse aux ressources qui hébergent des personnes de 70 ans et plus ou des personnes vulnérables. Selon Santé Canada, les personnes qui ont besoin de supervision et d’aide pour conserver leur autonomie sont considérées comme vulnérables à la COVID-19.

Avant de transiter par l’hôpital de Rimouski, le client demeurait dans une autre ressource du Bas-Saint-Laurent. On ignore pourquoi il n’a pas été retourné dans sa RI.

Le CISSS n’a pas voulu nous accorder d’entrevue. Par contre, la responsable des communications nous a envoyé une déclaration écrite que nous reproduisons en partie ici.

Réponse du CISSS

Pour des raisons cliniques, il est possible que des mesures alternatives soient mises en place afin de s’assurer du respect de l’isolement. Il est bien important de vous mentionner que chaque situation est unique et qu’elle est évaluée par l’équipe d’intervenants interdisciplinaires de l’usager, la ressource d’hébergement ainsi que l’équipe de prévention et de contrôle des infections. Les mesures alternatives proposées par l’équipe tiennent aussi compte de la situation épidémiologique de la région et puisque notre région est froide, puisque que le milieu de soins où l’usager a reçu des soins est froid et puisque l’usager a passé deux tests, négatifs à la COVID-19, des mesures adaptées à la situation de l’usager ont été mises en place.

Déclaration complète de la ministre McCann du 10 avril dernier

On a aussi transféré des gens dans des Ressources intermédiaires et des ressources de types familiales, alors ça aussi ça fait partie des milieux de vie pour les personnes âgées c’est quelque chose qu’on fait régulièrement dans le réseau et il fallait le faire de façon impérative, car effectivement fallait être préparé pour le pire scénario alors c’est la chose responsable à faire en milieu hospitalier alors là maintenant évidemment les choses changent les choses évoluent, et on arrête les transferts de nouvelles personnes en RI en RTF et en CHSLD pour le moment donc effectivement c’est cessé.

Par souci de confidentialité à l’endroit des bénéficiaires, nous avons décidé de ne pas nommer le nom de la résidence.



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