COVID-19: certains États américains préfèrent la prière au confinement


Foi en une protection divine, défense de l’économie et des libertés individuelles ou simple posture idéologique: une poignée d’États américains, ruraux et souvent farouches partisans du président Donald Trump, refusent obstinément d’ordonner un confinement général de leur population malgré les ravages du coronavirus dans le pays. 

Deux d’entre eux, le Dakota du Sud et l’Iowa, ont préféré officiellement appeler à des journées de prière collective à l’approche de Pâques. 

Il faut dire que le président Trump lui-même avait montré l’exemple en proclamant le dimanche 15 mars « Jour National de Prière » sur Twitter, juste après avoir décrété l’état d’urgence contre la pandémie. 

Dans le Dakota du Sud, la gouverneure républicaine Kristi Noem a justifié ainsi sa décision de ne pas publier d’ordre de confinement pour l’ensemble du territoire: « Ce sont avant tout les gens qui sont responsables de leur sécurité ».  

Cela n’a pas empêché cette femme de 48 ans, issue d’une famille d’agriculteurs des Grandes Plaines, de proclamer officiellement le mercredi 8 avril « jour de prière dans tout l’État » pour demander « la fin de la pandémie », ont relevé ses détracteurs. 

Dans l’Iowa voisin, c’est le Jeudi saint (9 avril) que la gouverneure locale a choisi comme jour officiel de prière contre le coronavirus.  

« À travers l’histoire, les habitants de l’Iowa ont trouvé la paix, la force et l’unité à travers la prière à Dieu, en l’implorant humblement de leur donner sa force durant les périodes difficiles », écrit Kim Reynolds dans sa proclamation officielle. 

La semaine dernière, les autorités médicales de l’Iowa avaient recommandé par un vote unanime des mesures de confinement semblables à celles que plus de 95% des Américains connaissent actuellement. 

Mme Reynolds a estimé que de telles restrictions ne s’imposaient pas dans les zones où le coronavirus n’avait pas encore été signalé. 

La gouverneure républicaine a tout de même décidé de fermer les écoles, de nombreux commerces et lieux publics et a interdit les rassemblements de plus de dix personnes. 

Le commerce et la foi  

« Ce qui compte n’est pas tant ce que le gouvernement dit que ce que les individus font », a lancé de son côté Doug Burgum, gouverneur du Dakota du Nord, lui aussi idéologiquement opposé à un confinement généralisé, comme dans le Nebraska.  

Plus au sud, dans l’Arkansas, le gouverneur Asa Hutchinson a invoqué des particularités locales, comme une faible densité de population. 

Si on mettait en place le confinement dans tout l’État, « on exempterait les services essentiels, ce qui signifie que 700 000 habitants de l’Arkansas iraient quand même au travail, faire des courses ou du sport », a-t-il déclaré pour minimiser l’importance d’une telle mesure. 

Mettant en avant la protection du « commerce », le gouverneur s’oppose en outre aux arrêtés locaux que certains maires, comme celui de la capitale Little Rock, ont souhaité prendre pour limiter les allées et venues. 

Même dans les États où le confinement général est imposé, certains font de la résistance, en invoquant notamment la liberté religieuse garantie par la Constitution. 

C’est par exemple le cas des fidèles de la Life Tabernacle Church dans la ville de Central, en Louisiane, qui sont venus par centaines, parfois massés dans des autocars, assister à la messe dimanche dernier malgré l’interdiction. 

« Ils préfèrent venir à l’église et prier comme des gens libres plutôt que de vivre comme des prisonniers chez eux », a affirmé leur pasteur, Tony Spell. Il avait été arrêté et inculpé la semaine précédente pour violation des règles de confinement, mais entend malgré tout continuer ses prêches. 

« Les virus se nourrissent de la peur, je n’ai pas peur, j’ai la foi », a lancé une croyante interrogée par le Washington Post devant l’église. 

Dans l’Ohio (nord-est), les lieux de culte et réunions religieuses sont sur la liste des activités exemptées de l’interdiction de rassemblement malgré les réticences exprimées par le gouverneur. 

« Je suis couverte du sang de Jésus », avait affirmé une fidèle de la Solid Rock Church de Monroe, pour expliquer pourquoi elle ne craignait pas de contracter le Covid-19 en se rendant à l’église.



Source link

scroll to top