Covid-19 en Chine : «On n’est pas du tout dans le cas d’une deuxième vague»


Doit-on craindre une deuxième vague? L’annonce dimanche par les autorités chinoises de la découverte de 57 nouveaux cas confirmés soit le plus haut chiffre quotidien depuis mi-avril interpelle sur une possible résurgence de l’épidémie. 36 malades ont été repérés à Pékin, ce qui a provoqué le confinement d’urgence de onze quartiers de la capitale et de ses environs. Mais pour Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université Paris-Descartes et directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes), ces chiffres ne marquent pourtant pas du tout un rebond de la pandémie.

Comment expliquer ces nouveaux cas de contamination en Chine ?

JEAN-FRANÇOIS TOUSSAINT. Depuis la phase épidémique la plus importante en février, on voit que les contaminations ne cessent de continuer à bas bruit en Chine. Elles sont passées à moins de cent par jour à la mi-mars, puis à moins de trente ces dernières semaines. Le 13 juin, on est repassé à une soixantaine de cas. On s’attend à ces augmentations du nombre de cas car la disponibilité des tests fait qu’on dépiste dans le monde entier de plus en plus de monde.

Faut-il s’en inquiéter ?

Depuis quatre semaines, la létalité se situe à 4000 personnes par jour alors qu’on était à 10 000 au sommet mi-avril. Depuis le 16 mai, il n’y a eu aucun décès en Chine. Presque partout dans le monde, le nombre de morts ne fait que diminuer. Les seules régions qui voient augmenter leur taux de décès sont l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Le Brésil est en train d’atteindre un plateau et on peut s’attendre à ce que le nombre de morts diminue dans les prochains jours si le pays rejoint la dynamique constatée partout ailleurs. L’Afrique et l’Inde qui comptent 1,2 et 1,4 milliard d’habitants ont des taux de décès en croissance, mais avec des valeurs très faibles. Samedi, on relevait 195 décès liés au virus pour tout le continent africain où l’on comptabilise 30 000 morts chaque jour. A l’échelle mondiale, il y a une continuité de la décrue du nombre de décès quotidiens. Ce qui n’empêche pas des cas de contaminations sporadiques essentiellement liées à la meilleure capacité de diagnostics. C’est ce qu’on a observé récemment en Moselle où on a vu l’augmentation de cas positifs, mais pas de la circulation du virus.

On n’est donc pas dans un scénario de deuxième vague ?

Pour la Chine, tout dépend aussi de la qualité des données et de la confiance qu’on peut y accorder. Mais s’il s’agit bien d’une soixantaine de cas comme cela a été déclaré à l’OMS, ils font toujours partie des cas de la première vague. Il ne faut pas oublier que la dangerosité se traduit en termes de décès. C’est le critère majeur d’une maladie mortelle comme l’est le sida, le paludisme ou la tuberculose. Pour la Covid, on doit donc suivre ce critère principal et en Chine, on ne voit pas d’augmentation de la mortalité. On n’est donc pas du tout dans le cas d’une deuxième vague qui donnerait une pandémie comparable à celle qu’on a connue de janvier à avril dans le monde. Pas du tout, pour l’instant.

Mais pourquoi la Chine a décidé de recourir de nouveau à des mesures de confinement? C’est un sujet différent qui pose toute la question de la réaction par rapport à l’évolution réelle de la maladie. Une étude de l’université d’Oxford démontre en effet qu’il n’y a aucune relation entre le taux de décès dans une population et l’intensité des mesures; qu’elles aillent de rien du tout, au recours à la distanciation, aux gestes barrière, au confinement modeste ou à un autre plus strict avec interdiction de sortir. La gamme entière de ces options a été prise dans le monde et il n’y a aucune relation entre l’intensité de ces mesures et le taux de décès final.

Quel devrait donc être la solution ?

Les pays qui ont réussi à prévenir une grande diffusion du virus dans la population sont la Corée du Sud, le Japon, Taïwan, le Viêt Nam ou Singapour. Ce sont ceux qui ont été confrontés à l’épidémie de Sras 1 en 2003. Ils ont retenu la leçon et développé une capacité de réaction par les tests, les ciblages précoces de malades et de leurs contacts. Le confinement n’a alors été circonscrit qu’à ces cas-là. Des élections ont même eu lieu en Corée en avril en pleine pandémie! L’épidémie était vraiment contrôlée avec des taux de décès cent fois inférieurs à ceux des autres pays du monde. S’il devait y avoir une reprise de l’épidémie à l’automne, l’an prochain ou dans quelques années, on devrait prendre ce type de décisions. Le confinement est coût politique, économique, sociétale, et donc in fine sanitaire, beaucoup trop lourd par rapport au très faible gain qu’il apporte.



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