Covid-19: la Guyane reconfine en partie face à une circulation accrue du coronavirus


Depuis le déconfinement, le nombre de cas positifs en Guyane a été multiplié par plus de six : 917 cas confirmés jeudi, pour 144 le 10 mai.

La Guyane s’inquiète. Toujours en orange sur la carte du déconfinement, comme Mayotte, alors que les Outre-mer ont été relativement épargnés par l’épidémie de coronavirus, notamment grâce aux restrictions de déplacement, la collectivité guyanaise fait face à un pic de contamination. L’Express fait le point sur la situation. 

  • Pourquoi les autorités prennent-elles des mesures de reconfinement ?

La région française a enregistré 362 nouveaux cas entre le 5 et le 12 juin, plus d’un tiers de l’ensemble des cas détectés depuis début mars (1043). La majorité des communes de Guyane sont touchées, rapporte France O, avec neuf clusters recensés dans la semaine, et des cas sporadiques dénombrés dans toutes les communes le long dufleuve Maroni, sauf à Apatou. « Au total 13 clusters sont considérés ‘actifs’ en Guyane dont sept à Cayenne, Rémire-Montjoly et Matoury », précise le média local. 

Seize des 22 communes de la collectivité de 283 000 habitants sont touchées, ajoute Le Monde. Le 10 juin, le préfet a annoncé le reconfinement partiel de 14 communes touchées par l’épidémie avec une interdiction de circuler du samedi 21 heures au lundi 5 heures du matin, et une autorisation de circuler pendant une heure dans un rayon d’un kilomètre autour de son domicile, comme avant le déconfinement le 11 mai. 

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Depuis cette date, le nombre de cas positifs en Guyane a été multiplié par plus de six : 917 cas confirmés jeudi, pour 144 le 10 mai. Un second décès lié au Covid a été déploré lundi et l’Agence régionale de santé a alerté sur « un prochain afflux de patients dans les hôpitaux », annonçant l’arrivée de renfort de la réserve sanitaire. 

François Ringuet, maire de Kourou, quatrième principale commune de la collectivité, par ailleurs président de la fédération hospitalière régionale de Guyane, a demandé sur Europe 1 ce retour en arrière des assouplissements sanitaires : « ll faut vraiment renforcer car là, on va droit à la catastrophe. »  

« Notre objectif, c’est de nous préparer à un afflux de patients, en soutenant les professionnels locaux déjà fatigués, qui prennent en charge des patients dont certains ont déjà subi le confinement et voient leur état de santé se dégrader, a expliqué au Monde Clara de Bort, directrice générale de l’agence régionale de santé J’ai fait appel à la réserve sanitaire avant que la limite ne soit atteinte, pour dire aux soignants de Guyane que nous venons les renforcer, qu’il faut tenir. » 

  • L’explosion de cas au Brésil en cause ?

Un « cluster » touche désormais plus de 60 personnes dans un quartier de Rémire, peuplé majoritairement de personnes d’origine brésilienne, mis en quarantaine par arrêté. La contamination a été attribuée par l’ARS à une fête en carbet (logement en forêt) fin mai. 

Selon le directeur de l’institut Pasteur de Cayenne, le DrMirdad Kazanji, « la dynamique de l’épidémie au Brésil » a un impact sur cette flambée des cas guyanais. 

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Le « village PK 6 », près de Kourou, relais de l’activité aurifère illicite depuis 20 ans, a comptabilisé plusieurs contaminations. La ville spatiale dépasse les 100 cas positifs cumulés. A l’est, à la frontière du Brésil, Saint-Georges de l’Oyapock comptait lundi 247 cas pour 4.220 habitants, tandis qu’à l’ouest, à la frontière avec le Suriname, Saint-Laurent qui comptait 22 cas cumulés en juin, en avait 38 de plus mardi. Le Suriname a maintenu ses législatives fin mai, mais a vu son nombre de cas passer en une semaine d’une dizaine à 100. Le pays s’est reconfiné depuis lundi pour deux semaines. 

Mais déjà avant le déconfinement, Mirdad Kazanji avait mis en garde sur le fait que la Guyane n’avait « pas connu de première vague », contrairement à l’Hexagone, et avait été confinée le 16 mars au stade 1 de l’épidémie, avec moins de 10 cas déplorés. 

Début juin, il soulignait déjà « une baisse de vigilance de la population » avant même l’annonce du déconfinement. Il évoquait notamment « une fête à Camopi (commune amérindienne de 1.800 habitants à la frontière du Brésil) le 15 mai regroupant près de 400 personnes, des rassemblements (fin mai) dans les rues de Cayenne », et d’autres regroupements de plus de 10 personnes, notamment à Saint-Laurent du Maroni ou à Kourou. 

  • Les municipales remises en question ?

Le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre a officiellement demandé jeudi au Premier ministre le report du second tour des municipales, en raison de la « généralisation de l’épidémie » sur le territoire, suivant en cela les recommandations de son comité d’experts médicaux locaux.  

Rodolphe Alexandre juge notamment « incohérent voire déraisonnable d’appeler les personnes concernées à se déplacer en masse pour aller voter, alors que nous n’avons de cesse dans le même temps de multiplier les appels à la population à limiter ses déplacements ». 

Au niveau national, le conseil scientifique qui seconde le gouvernement, a renouvelé le 8 juin son feu vert prudent à la tenue du second tour, tout en soulignant, pour Mayotte et la Guyane, où le virus circule activement, « l’importance des risques particulièrement élevés associés à la campagne électorale ». Le conseil doit donner un nouvel avis le 14 juin. 

« Il y a un risque certain à organiser un second tour en Guyane particulièrement sur l’île de Cayenne (Rémire, Matoury, Cayenne) où les cas ne cessent d’augmenter depuis 15 jours », a souligné le sénateur LREM Antoine Karam. 

Intervenant mercredi au Sénat dans le cadre de l’examen du projet de loi relatif au second tour des municipales, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué que les avis étaient « partagés » en Guyane sur un éventuel report. « Aucune décision n’est prise » pour l’instant, a-t-il dit.  

  • Quelles conditions d’entrée sur le territoire ?

Un test de détection du Covid-19 sera obligatoire en juillet et en août avant toute arrivée en Outre-mer, mais il n’y aura plus de périodes de « quatorzaines » ou de « septaines » imposées à l’arrivée, a annoncé vendredi le ministère des Outre-mer. 

Cette évolution du protocole sanitaire pour accéder aux territoires ultramarins a été décidée lors du Conseil de défense et de sécurité nationale de jeudi, « au vu de l’évolution favorable de l’épidémie de Covid-19 en outre-mer », précise le ministère dans un communiqué. 

Dans un courrier à la ministre des Outre-mer Annick Girardin, Rodolphe Alexandre considère que la situation actuelle sur en Guyane est « totalement incompatible avec une éventuelle levée des motifs impérieux de déplacements » obligatoires pour se rendre dans la collectivité. Il se dit en revanche favorable à un test PCR 72 heures avant de prendre l’avion, puis à un autre test sept jours après l’arrivée des passagers sur le territoire, similaires à l’expérimentation en cours aux Antilles et à la Réunion.  



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