Covid-19 : l’Afrique doit tripler le nombre de ses tests


L’Afrique en fait-elle assez pour tester les populations au Covid-19 ? La réponse n’est pas si évidente. À la date du 5 juin, le continent aurait conduit 3,4 millions de tests. Un nombre que le directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l’Union africaine, le docteur John Nkengasong, voudrait voir tripler dans les mois à venir. Objectif : « avoir une longueur d’avance » sur le virus, a-t-il plaidé, jeudi, lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba. Son but est d’atteindre 10 millions de tests dans deux mois, voire trois. Pour l’épidémiologiste camerounais, les pays qui apparaissent comme les plus touchés, à savoir l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie, et le Maroc, ne se démarquent qu’en raison de leur meilleure capacité de détection du coronavirus. Pour affiner les statistiques des autres pays, il faudrait donc accélérer le rythme des tests de dépistage. L’enjeu semble plus pressant aujourd’hui alors que la plupart des pays du continent commencent à assouplir les mesures prises au mois de mars.

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Il faudrait dix fois plus de tests

Pour se faire une idée plus précise, les données actuelles indiquent un taux de 1 700 tests pour un million de personnes sur le continent, bien loin derrière les 30 000 tests pour un million d’habitants au Royaume-Uni ou les 37 000 pour un million en Italie, a précisé le directeur du CDC.

Jeudi matin, l’Afrique avait enregistré un total de 162 000 cas et 4 600 décès depuis le début de l’épidémie de nouveau coronavirus, avec une moyenne de 5 400 nouveaux cas par jour sur les sept jours écoulés. Ces chiffres pourraient augmenter de façon significative à mesure que des pays assouplissent les mesures de restriction prises pour enrayer l’épidémie. « Notre situation va sûrement empirer avant de s’améliorer », prédit John Nkengasong. « Tandis que nous commençons à relâcher les mesures de confinement, ce qui fait partie de l’équilibre à trouver entre sauver des vies et sauver l’économie, nous nous attendons à voir ces statistiques augmenter », a-t-il ajouté.

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Une augmentation rapide des cas

C’est le cas notamment, en Côte d’Ivoire. Depuis la détection du premier cas le 11 mars, c’est la première fois que le nombre quotidien de cas confirmés franchit la barre des 150. Pour le représentant de l’OMS à Abidjan, Jean-Marie Vianni Yaméogo, ce chiffre élevé s’explique par « l’augmentation de l’assiette de dépistage » et l’existence d’une dizaine de laboratoires à Abidjan et à l’intérieur du pays pour les tests. Le gouvernement ivoirien a déjà ouvert 11 centres de dépistage du coronavirus sur 13 prévus à Abidjan et sa banlieue, l’épicentre de la maladie en Côte d’Ivoire. Mais ce n’est pas la seule raison, le nombre croissant de cas peut traduire par ailleurs un « relâchement » dans le respect des mesures barrières et des restrictions imposées pour freiner la propagation du virus, avance également Jean-Marie Vianni Yaméogo. Finalement, le 8 mai, le gouvernement ivoirien a entamé un assouplissement progressif des mesures de restriction imposées sur l’ensemble du territoire avec, notamment, la fin du couvre-feu, la réouverture des établissements scolaires, des restaurants et autres lieux informels de restauration et de débit de boisson. Depuis, d’autres pays lui ont emboîté le pas parfois sous la pression de la rue.

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Manque de matériels

Par ailleurs, l’agence continentale de contrôle et de prévention des maladies a révélé avoir déjà distribué 2,5 millions de tests aux membres de l’Union africaine. Mais certains pays connaissent des pénuries. L’Afrique du Sud a ainsi rapporté la semaine dernière que 96 000 prélèvements attendaient d’être testés, faute de matériel. « Le monde entier se débat pour obtenir les kits, les kits de laboratoire, et c’est dans cette impasse que nous nous trouvons en ce moment », a déclaré la ministre de la Santé Zweli Mkhize. Le même jour, l’Afrique du Sud enregistrait en l’espace de 24 heures 3 267 nouveaux cas de Covid-19, la plus forte augmentation depuis le début de la pandémie dans le pays. La première puissance industrielle du continent comptabilise désormais un total de 40 792 cas, a précisé le ministère dans un communiqué. Le nombre de décès a, lui, augmenté de 56, pour atteindre un total de 848. Plus de la moitié de l’ensemble des patients sont concentrés dans la province du Cap-Occidental (Sud-Ouest), où les services de santé se retrouvent sous pression.

Une plateforme mise en place pour aider le continent africain à lutter contre le Covid-19 a permis de sécuriser 15 millions de tests par mois pour les six prochains mois, a toutefois indiqué le directeur du CDC. Est-ce que ce sera suffisant ? En plus de cette stratégie, la formation d’un million d’agents de santé communautaires capables de tracer les personnes contaminées et leurs contacts ainsi que la création d’une plateforme commune d’achat des médicaments sont les deux autres objectifs que se sont fixés les gouvernements africains dans leur plan d’action coordonnée. « Autant que possible, nous voulons chercher où le virus se cache dans nos communautés », fait savoir l’épidémiologiste camerounais.

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