COVID-19 : l’attente des demandeurs d’asile au pays | Coronavirus : Ontario


Un délai interminable

L’attente est cruelle pour ces personnes, s’insurge Francisco Rico-Martinez, codirecteur du Centre de réfugiés FCJ de Toronto. Il ne comprend pas comment la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) a pu suspendre indéfiniment certaines procédures d’audience sans proposer d’autres solutions aux demandeurs d’asile.

La CISR est le plus important tribunal administratif indépendant au pays et son mandat est de prendre des décisions en lien avec l’immigration et le statut de réfugié.

Il s’agit d’un passage obligé vers une nouvelle vie, notamment pour l’obtention d’un permis de travail, explique M. Rico-Martinez. Selon lui, l’absence de réponses et l’incertitude liée au contexte actuel de pandémie reproduisent le sentiment d’insécurité que de nombreux demandeurs d’asile ont fui dans leur pays d’origine.

Le système d’immigration est confronté à une situation exceptionnelle, note l’avocate spécialisée en immigration Alina Sklar. L’asile comme la pandémie soulèvent des questions de vie ou de mort. Il est toutefois important selon elle de faire la part des choses.

On demande [aux demandeurs d’asile] de prendre ce fardeau sur eux-mêmes et de survivre un peu plus longtemps pour pouvoir avoir de l’aide.

Alina Sklar, avocate à Toronto

Elle souligne par ailleurs une modernisation importante de la procédure d’asile au pays qui n’aurait pas pu être possible sans les pressions causées sur le système d’immigration par la pandémie. Il est par exemple désormais admis de déposer une demande d’asile électroniquement.

Selon Me Sklar, ces avancées technologiques auraient cependant pu aller plus loin afin d’accompagner davantage les demandeurs d’asile dans leurs procédures. Elle reconnaît néanmoins que des gestes symboliques ont été faits afin de limiter les répercussions de la pandémie sur les personnes vulnérables au pays.

Le Centre de réfugiés FCJ à Toronto a adapté ses services de manière à offrir un soutien aux demandeurs d’asile malgré la pandémie (archives).

Photo : Radio-Canada / Mathieu Simard

Un avenir incertain

Kayla* (nom fictif), dont Radio-Canada a accepté de conserver l’anonymat afin de ne pas nuire à sa demande d’asile, est arrivée au Canada en mars dernier par le chemin Roxham au Québec. Elle se trouve chanceuse d’avoir pu traverser à pied la frontière canado-américaine juste avant sa fermeture le 21 mars.

Après son arrivée au Canada, elle a dû se plier à une quarantaine et dit comprendre l’importance des mesures sanitaires en place malgré les difficultés pour elle de se retrouver isolée dans un pays étranger.

Parfois, vous n’avez tout simplement pas le choix de chercher une vie meilleure et de vous échapper pour survivre.

Kayla, demandeuse d’asile au Canada

Kayla a pu déposer sa demande d’asile et obtenir de justesse un permis de travail avant la suspension des audiences de la CISR. Depuis, elle attend la réponse à sa requête.

Comme plusieurs demandeurs d’asile au Canada, elle souhaite trouver un travail rapidement afin de participer à la société et de se créer un réseau personnel.

Selon Denise Otis, cheffe du bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) à Montréal, il y a cette urgence de travailler chez plusieurs demandeurs d’asile puisqu’ils ont souvent le devoir de soutenir la famille laissée derrière.

Kayla pense beaucoup à sa mère dans son pays d’origine. Je vais essayer de recoller les morceaux pour pouvoir prendre soin de ma mère qui est restée derrière, évoque-t-elle avec émotion. Elle fonde toutefois peu d’espoir dans l’idée de trouver un travail prochainement.

Beaucoup de Canadiens et de résidents permanents ont perdu leur emploi en raison de la COVID-19, se désole Kayla, qui essaie malgré tout de faire sa place sur le marché du travail. Elle constate toutefois que les employeurs sont souvent hésitants à embaucher une personne en attente d’un statut de réfugié.

Un vent de changement

Denise Otis s’inquiète quant à elle de l’accumulation des dossiers d’asile devant la CISR et d’un probable engorgement. Elle estime qu’il serait important que la commission ne perde pas ses acquis dans la gestion des dossiers faisant référence à ce qu’elle considère comme un cafouillage en 2017.

Depuis ces événements, il y a eu des apprentissages et des prises en charge beaucoup plus raffinées, explique Mme Otis. Elle garde toutefois bon espoir que des mesures seront prises prochainement et que les procédures pourront reprendre.

Selon elle, il en va de la crédibilité du CISR de s’adapter au contexte de la pandémie au même rythme que le reste du système juridique au pays.

Denise Otis se réjouit également du changement de mentalité du gouvernement canadien qui a mis un frein à la détention en libérant des demandeurs d’asile pendant la pandémie. Il faut travailler à partir de cela et rebondir sur la COVID, signale-t-elle.

On doit se souvenir que ce qui a été accompli dans l’urgence aurait pu l’être autrement […] et que ça doit se poursuivre.

Denise Otis, cheffe du bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Montréal

Selon l’avocate Alina Sklar, il y aura une réflexion importante à avoir sur la manière dont la pandémie a affecté le système d’immigration. Selon elle, la situation n’est pas parfaite, mais le Canada offre au moins une protection temporaire aux demandeurs d’asile sur son territoire.



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