Covid-19 : l’Avigan, le médicament qui divise le Japon


L’Avigan est un médicament antiviral développé par la société japonaise FujiFilm Toyama Chemical, filiale du groupe FujiFilm Holdings, grand nom de la photo en partie reconverti dans la santé. Pas un discours du chef du gouvernement sans que le mot Avigan soit prononcé. Shinzo Abe a même ouvertement incité « les patients japonais à faire la demande pour pouvoir en bénéficier dans le cadre d’essais, sous réserve d’approbation de l’hôpital ».

En théorie, l’Avigan (nom commercial de la molécule favipiravir) est un candidat intéressant au traitement du Covid-19, car il opère selon un mécanisme perturbant la réplication du virus dans la cellule. Une étude réalisée en Chine en début d’année a semblé donner des résultats encourageants, d’où l’emballement à la Bourse sur l’action FujiFilm quand ces derniers ont été publiés à la mi-mars.

Procédure accélérée

Le gouvernement japonais a décidé d’investir plus de 120 millions d’euros pour aider FujiFilm à augmenter les stocks d’Avigan à des doses suffisantes pour 2 millions de personnes (contre 700 000 auparavant). Il s’agit également, via un appel aux entreprises volontaires, de produire au Japon (et non plus en Chine) la matière première nécessaire. Toshimitsu Motegi, le ministre des Affaires étrangères, a lui aussi longuement promu devant la presse l’Avigan, précisant que le Japon en offrait à plus de 40 pays à des fins de tests. Le Premier ministre, partenaire de golf du patron de FujiFilm, d’après un article de 2019 paru dans le quotidien Nikkei, voulait en outre que ce remède soit approuvé spécifiquement courant mai pour le Covid-19 selon une procédure accélérée.

Ces propos et cette politique ont soulevé des réserves de la part du corps médical très divisé sur cette question. Interrogé par Le Point, le médecin Masahiro Kami, également directeur d’un institut de recherche pour la gouvernance médicale, estime « possible une approbation sur la base de l’étude chinoise » et d’autres recherches, puisque l’Avigan a déjà été approuvé pour la grippe H1N1. Ses effets secondaires (notamment sur les risques pour les femmes enceintes) sont connus. Le Prix Nobel de médecine Shinya Yamanaka a également exprimé publiquement le souhait d’une approbation des traitements dont on considère qu’ils sont potentiellement efficaces, dont l’Avigan. Le Japon a, par exemple, très rapidement validé le remdesivir de la firme américaine Gilead Sciences.

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Conclusions prématurées

Mais, au ministère de la Santé, où l’on a le souvenir de précédents désastres sanitaires, on est beaucoup plus prudent. « Je ne sais pas pourquoi le Premier ministre vante autant l’Avigan alors qu’il y a aussi d’autres traitements candidats, y compris japonais, et que l’Avigan n’a pas pour l’heure démontré une efficacité supérieure », confie au Point un médecin travaillant au ministère, citant, par exemple, l’Alvesco, un composé stéroïdien à inhaler de Teijin Pharma.

L’Association des médecins du Japon est sur la même ligne. Dans une déclaration brève mais très explicite, elle souligne que la politique ne doit pas se substituer à la science. « Tout le monde peut comprendre qu’il existe des procédures administratives exceptionnelles pour accélérer l’approbation de nouveaux médicaments. Cependant, il est clair que, même en cas d’urgence, un médicament dont les preuves scientifiques sont insuffisantes ne doit pas être approuvé. » Puis un rapport d’étude intermédiaire est tombé qui conclut : « Il est trop tôt pour dire que l’Avigan est efficace. » Le projet du Premier ministre de faire approuver le traitement courant mai est officiellement remis à juin.

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