Covid-19 : le Sénégal ne renonce pas à l’hydroxychloroquine


Non, l’hydroxychloroquine, ce n’est pas terminé. Alors que la France et l’OMS ont donné un coup de frein à son utilisation, plusieurs pays continuent à miser dessus. Parmi eux, le Sénégal. Le pays d’Afrique de l’Ouest va continuer à traiter les malades du Covid-19 avec de l’hydroxychloroquine en milieu hospitalier, a confirmé ce mercredi 27 mai le directeur du Centre des opérations d’urgences sanitaires. « Le traitement avec l’hydroxychloroquine va continuer au Sénégal, l’équipe du professeur Seydi maintient son protocole thérapeutique », écrit à l’AFP le Dr Abdoulaye Bousso. Si le ministère n’a pas encore officiellement réagi, Abdoulaye Bousso a indiqué qu’il s’agissait bien de la position des autorités sanitaires. Comment expliquer que l’utilisation de la chloroquine fasse moins débat au Sénégal qu’en France ?

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Un choix de santé publique

Inspiré des travaux de Didier Raoult, dont il n’est pas un proche, le professeur Moussa Seydi, infectiologue en première ligne dans la prise en charge des contaminés, a tôt fait le choix de généraliser la prescription de l’hydroxychloroquine en milieu hospitalier. « C’est une molécule très connue qui a été utilisée dans le traitement contre le paludisme. En Europe, le paludisme n’est pas un problème de santé publique, alors les gens connaissent moins et se posent davantage de questions. C’est d’ailleurs une réaction normale », confiait-il à Marianne. Un choix qui a été validé au plus haut niveau de l’État. « En Afrique, on connaît bien la chloroquine à travers sa version Nivaquine que nous avons tous consommée en quantité pendant notre jeunesse, dans les écoles. C’était des moyens de prophylaxie contre le paludisme », a récemment commenté le président Macky Sall, lors d’un entretien avec les médias français France 24 et RFI.

Des résultats prometteurs

Pour valider leur stratégie, les autorités sénégalaises ont fait paraître fin mars une analyse qui montre clairement une réduction de la durée d’hospitalisation, alors que le pays fait face à une augmentation constante de cas. Le professeur Seydi invoque une réduction plus rapide de la charge virale chez le malade traité avec l’hydroxychloroquine et une bonne tolérance au médicament. Il souligne qu’elle n’est administrée qu’en milieu hospitalier avec l’accord du patient et accompagnée d’un électrocardiogramme. Et les résultats de l’analyse préliminaire valide sa stratégie. Ils montrent que, sur 181 patients, la durée médiane d’hospitalisation était de 13 jours pour les malades n’ayant reçu aucun traitement, 11 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine seule, 9 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine (antibiotique), et même 8 pour ceux ayant consulté tôt et commencé le traitement dans les 24 heures.

Mais le Sénégal, à l’instar des autres pays du continent, reste relativement épargné par la pandémie. Il a déclaré 3 253 cas de contamination et enregistré 38 décès depuis le 2 mars. « Les Chinois ont dit ce qu’ils ont vu, les Américains ont dit ce qu’ils ont vu. Les Américains vont se baser sur ce qu’ils ont vu et les Chinois vont se baser sur ce qu’ils ont vu. Moi, aujourd’hui, je me base sur mes résultats préliminaires, qui ne sont pas des résultats définitifs, pour continuer à faire ce que je fais. Mais quelqu’un d’autre peut trouver autre chose. Par exemple en Europe, il y a des pays où on a trouvé que l’hydroxychloroquine ou la chloroquine est dangereuse, et qu’il faut l’arrêter », analyse le professeur Seydi sur la RTS.

À 56 ans, cet infectiologue qui dirige depuis près de sept ans le centre des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann à Dakar a toute la confiance des dirigeants et des populations. Après des études en France et aux États-Unis, l’enfant de Khombole, dans la région de Thiès, est revenu travailler au pays, auprès des siens. « Les spécialistes, qui guident notre orientation dans le traitement des malades, n’ont rien à envier aux experts internationaux. L’État leur fait totalement confiance », a martelé le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, dans le quotidien Libération.

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De l’autre côté, il a été décidé que les malades asymptomatiques ou peu symptomatiques seraient désormais accueillis en milieu extra-hospitalier, sur des sites comme un hangar de l’ancien aéroport international Léopold-Sédar-Senghor à Dakar ou sur la base militaire aérienne de Thiès (Ouest). L’objectif consiste à « ne pas faire de nos hôpitaux des hôpitaux Covid et de pouvoir continuer à y traiter les autres malades ».

Le débat monte entre les deux pays

L’étude menée sur près de 15 000 malades et publiée vendredi dans la prestigieuse revue médicale The Lancet montre selon ses auteurs que la chloroquine et son dérivé l’hydroxychloroquine ne bénéficient pas aux patients hospitalisés et augmentent même le risque de décès et d’arythmie cardiaque. Elle recommande de ne pas les prescrire en dehors des essais cliniques. À la suite de cette publication, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé suspendre par précaution les essais cliniques qu’elle mène avec ses partenaires dans plusieurs pays. « Je ne sais pas si ailleurs l’hydroxychloroquine tue, mais ici elle a sauvé beaucoup de gens », a sèchement répondu Didier Raoult, qualifiant de « foireuse » l’étude.

Sur les réseaux sociaux sénégalais, le débat qui se joue en France est observé avec consternation. « Comprenez-vous que la France est l’unique pays au monde où les journalistes et les pseudo-médecins se déchirent encore sur la chloroquine alors que l’épidémie est finie ? Ils sont fous furieux sans déconner. Au Maroc, Sénégal, USA, UK, personne n’en parle mais elle est administrée », s’agace un internaute.

« La chloroquine dérange ! » s’exclame Abubakr Diallo sur Afrik.com. « C’est l’avis de tous les Sénégalais. Au-delà du Sénégal, des Français sensés. Et la raison ne peut qu’être financière, car cette molécule ne coûte absolument rien. Et traité avec cette molécule, le coronavirus, vache à lait espérée de certains praticiens et autres firmes pharmaceutiques, n’aura rien apporté comme retombées. Aujourd’hui, l’OMS, qui tire ses principales ressources des firmes pharmaceutiques, ne peut que défendre les intérêts de ces industries. Et depuis le début de l’épidémie, alors que l’Afrique faisait des « merveilles » face au Covid-19, avec des guérisons à la pelle remettant en cause les prévisions apocalyptiques de l’OMS, cette dernière déconseillait les solutions africaines », analyse le journaliste sénégalais.

Pour mieux comprendre la situation, la députée française Valérie Boyer du groupe LR s’est entretenue avec Amadou Sall, le directeur de l’Institut Pasteur de Dakar. Et ce dernier appelle à « ne pas faire d’idéologie dans ce domaine mais à rester pragmatique ».

Preuve que le débat est loin d’être clos, Amadou Sall tout comme les experts sénégalais attendent les résultats de la prochaine évaluation qui se fera avec un échantillon de 350 patients et qui doit permettre de confirmer ou pas la stratégie menée jusqu’ici.

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