Covid-19 : L’école à la maison, les frustrations de trois mamans


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Une plus grande exposition aux mathématiques – y compris dans l’environnement familial – peut aider les élèves, selon les recherches.

Faire cours soi-même à ses enfants est devenu le quotidien de très nombreux parents à travers le monde. Selon l’UNESCO, 150 Etats ont décidé la fermeture des établissements scolaires au niveau national afin de prévenir la propagation du nouveau coronavirus. Des mesures qui affectent à ce jour plus d’1 milliard d’apprenants, soit 68 % de la population mondiale des étudiants et élèves.

Trois mères de jeunes enfants, vivant au Sénégal, en France et aux Etats-Unis partagent leur quotidien et leurs galères de mamans sur lesquelles vient se déposer une énième casquette : celle de maîtresse d’école. Pas facile quand on doit déjà gérer au quotidien les tâches ménagères et sa carrière.

La plupart des écoles ont mis en place des plateformes en ligne devant permettre aux parents de savoir quelles leçons et quels exercices donner aux enfants mais même avec le programme pédagogique pré-établi par des professionnels de l’éducation, pas facile de se fondre dans ce nouveau métier de professeure !

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Samantha est la maman de deux jeunes garçons de 6 et 2 ans. La jeune femme originaire du Gabon et son mari travaillent de la maison depuis le début du confinement.

Si pour Noam, le petit dernier, le confinement rime avec vacances, pour Liam, scolarisé dans une école homologuée française, la pandémie de Covid l’a plongé dans le même rythme que les adultes à savoir le télétravail ou plutôt la « télé-école ».

Sa maitresse d’école envoie chaque week-end le programme de cours de la semaine, avec un planning journalier de travail. Tous les mardis matins, elle assure également un cours de 40 minutes par téléconférence à Liam et sept autres camarades.

« C’est une bonne initiative mais n’étant pas pédagogues nous parents avons du mal à suivre le rythme de l’enfant. A la maison, les enfants ne sont pas concentrés et dans les conditions pour faire les séances de 15 à 30 minutes de travail. Les enfants ont plutôt envie de jouer et ne sont pas dans l’état d’esprit scolaire « , témoigne Samantha.

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« Il faut pouvoir comprendre ce que le maître demande car il y a des termes qu’emploie le professeur mais que l’on ne comprend pas forcément car c’est un langage pédagogique. Nous n’avons pas toujours le matériel adéquat à la maison », ajoute-t-elle.

Se mettre dans la peau d’un professeur du jour au lendemain n’est pas du tout évident alors qu’elle doit également assurer ses missions de travail (9H-17H).

« Tu dois justifier ton salaire même avec le confinement, du coup il n’y a jamais de moment opportun pour faire cours aux enfants. On se rend compte au quotidien que l’enfant accumule des lacunes… », dit Samantha.

« Il faut transmettre à l’enfant, s’assurer qu’il comprenne et vérifier qu’il a atteint ses objectifs. La maîtresse est patiente car elle est formée pour ça, elle a les méthodes qu’il faut, elle est pédagogue. Par exemple, à l’école ils vont apprendre une lettre par semaine alors que toi tu vas vouloir lui apprendre les 26 lettres de l’alphabet d’un coup ! », raconte-t-elle.

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Pour Ntumba, mère seule et entrepreneure, originaire du Congo, se transformer en maîtresse d’école a été un challenge autant pour elle que pour ses trois enfants. Elle a du faire classe à son garçon qui est en 6ème et à sa fille qui va au CM1.

Leur école, un établissement privé catholique, avait déjà avant la crise de Covid 19 une plateforme en ligne pour communiquer avec les parents. Elle a servi pendant le confinement pour faire les classes à distance. Chaque semaine, les professeurs alimentaient une sorte de cahier de texte virtuel avec les devoirs et les leçons de la semaine, la plateforme servait également pour assurer des cours par visio conférence dans chaque matière,

« C’était très compliqué car je suis indépendante, c’est d’ailleurs un statut que j’ai dû choisir pour la prise en charge de mon fils qui a des troubles de l’apprentissage. Il est dyspraxique et je dois pouvoir l’accompagner chez le pédopsychiatrie, l’orthophoniste etc. En tant que maman solo, je dois palier plusieurs rôles toute seule à côté de mes activités pro déjà en temps normal », déclare Ntumba.

« Faire de la pédagogie ce n’est pas mon métier. Il faut se mettre au niveau de l’enfant en termes de langage, adapter la méthode de travail, faire preuve de patience. Cela a été source de conflit en particulier avec ma fille. Le gouvernement nous a demandé d’endosser un métier qui n’est pas le nôtre et pour lequel en plus, on n’est pas payés », ajoute-t-elle.

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Ses activités dans l’événementiel ont été mises à l’arrêt, les événements sur lesquels elle travaillait comme le Forum Congo na Paris ou le Salon du livre ont été reportés sine die ou annulés. Mais Ntumba exerce également dans le domaine journalistique. Pour cette partie média qu’elle a continué à exercer essentiellement en télétravail, elle devait passer de nombreux appels téléphoniques et du travail d’e-mailing.

« La petite dernière a l’habitude de venir avec moi quand je travaille notamment dans l’événementiel donc elle sait quand il ne faut pas déranger maman, mais à 3 ans difficile de tenir une réunion de plus de 45 minutes, à cet âge elle a besoin de présence physique, l’interaction avec le parent est très importante », témoigne Ntumba.

Pour les plus grands aussi le changement de maîtresse d’école n’a pas été évident à gérer.

« Mon fils a l’habitude que je l’accompagne dans son travail depuis le CP donc ça ne l’a pas énormément gêné. Par contre, pour ma fille maman est seulement une aide aux devoirs. Ce n’était pas facile pour elle de travailler dans un cadre où elle n’a pas l’habitude d’étudier. Le salon ou la chambre n’ont pas vocation à être une salle de classe! », dit Ntumba.

Si elle estime que son fils a grandi en autonomisation avec l’école à la maison car il a du apprendre à gérer seul les connexions avec l’ordinateur pour les visioconférences et interagir avec les professeurs, mais aussi se responsabiliser sur les devoirs, en revanche le rôle de sociabilisation de l’école, le lien avec les camarades a vraiment fait défaut pendant le confinement.

« Ma fille fait partie des élèves pour lesquels il était vraiment temps que l’école reprenne le 11 mai! », affirme Ntumba.

Aux Etats-Unis : école à la maison pour toujours ?

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Des recherches montrent que les filles sont plus susceptibles que les garçons de développer une anxiété liée aux mathématiques.

Nicole, originaire du Togo, est installée dans la ville de Madison dans l’état du Wisconsin au centre Nord des Etats-Unis avec son mari et ses deux enfants de 18 mois et 4 ans et demi. L’entreprise qui l’employait a fermé à cause de la pandémie.

« Je ne faisais pas de devoirs avec eux à la maison avant le confinement. Avec la pandémie, vous devez cuisiner et faire tout ce qu’il y a à faire à la maison, c’est l’éducation que j’ai reçu en Afrique et que l’on maintient ici aux Etats-unis. Maintenant en plus, il faut faire la classe », déclare Nicole.

Les enfants ne comprennent pas pourquoi ils doivent rester en permanence à la maison. Depuis le mois de février ils sont coincés dans l’appartement familial.

« Il n’ont jamais été à la maison aussi longtemps, surtout pendant l’été. C’est un défi, même pour la plus petite qui ne fait que pleurer », raconte la maman.

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Difficile pour les enfants de voir leur maman dans le rôle de la maîtresse d’école.

« Le plus grand ne me considère pas comme un professeur ou ne voit pas que je peux faire ce que la maîtresse fait. Il ne veut pas que je lui apprenne quoi que ce soit! », affirme Nicole.

Malgré cela elle ne pense pas renvoyer son enfant à l’école de si tôt.

« Je ne pense pas que je renverrai mes enfants à l’école en septembre. Mon fils est asthmatique. Même si le nombre d’élèves est limité à 10 par classes, à cet âge, ils se mettent toujours leurs doigts dans leur bouche ou bien ils touchent leurs yeux, leurs visages. Les professeurs ne savent pas comment ils vont s’occuper de ces 10 enfants. Mais je me demande comment il va avoir une éducation et si nous pourrons embaucher un professeur privé », déclare-t-elle.



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