Covid-19 : l’OMS appelle à ne pas sacrifier la santé sur l’autel du redressement économique


Quatre mois exactement après le premier cas de Covid-19 recensé en Europe, l’OMS estime que plus de 2 millions de personnes ont contracté le virus dans la région. Plus de 175.000 personnes sont décédées. Depuis début mars, la surmortalité est de quelque 159.000 décès dans 24 pays européens, a indiqué le Dr. Hans Kluge, directeur du bureau de l’OMS pour l’Europe, lors d’une conférence de presse jeudi.

A ce jour, 48 pays de la région européenne de l’OMS sont en train d’assouplir leurs mesures sanitaires et sociales, notamment avec l’ouverture d’entreprises non essentielles et l’assouplissement des restrictions à la circulation intérieure. « À ce moment crucial, les considérations sanitaires et économiques doivent rester au premier plan de la prise de décision », a estimé le Dr. Kluge.

« Rappelons-nous que nous ne mesurons pas la vie par rapport aux moyens de subsistance, ni la santé par rapport à la richesse », a-t-il dit. Il ne s’agit pas d’un choix entre la reprise économique et la santé : « Il n’y a pas d’économie sans les gens. Il ne peut y avoir de reprise économique sans que la transmission de la Covid-19 soit maîtrisée ».

« L’Europe entre en récession économique. La production économique devrait s’effondrer au cours du premier semestre 2020, la majeure partie de la contraction se produisant au deuxième trimestre. Elle devrait ensuite se redresser, à condition que le virus soit maîtrisé », a-t-il poursuivi.

La priorité est d’investir dans la santé et éviter l’austérité

Le Dr. Kluge a insisté sur trois aspects :

– La lutte contre le virus et la reprise économique vont de pair.

– La Covid-19 a un impact sur tous, mais sur certains plus que d’autres – nous ne pouvons pas nous permettre de laisser quelqu’un derrière.

– Nous pouvons reconstruire en mieux – une économie différente, plus égale et plus inclusive.

L’OMS a mis en garde les gouvernements contre la tentation de réduire les dépenses de santé en prenant exemple sur la crise financière de 2008. « De nombreux pays européens ont réagi à cette crise en réduisant les dépenses publiques de santé. Entre 2008 et 2013, les dépenses publiques de santé par personne ont diminué dans environ la moitié des pays de notre région », a rappelé M. Kluge.

« Les pays qui ont pris le chemin des réductions des dépenses de santé ont eu du mal à se remettre du choc économique », a-t-il ajouté.

Aujourd’hui, estime l’OMS, « notre priorité doit être d’investir dans la santé, d’investir dans la protection sociale et, surtout, d’éviter l’austérité, qui a dévasté la vie de tant de personnes en Europe. Investir dans la santé et la protection sociale – surtout lorsque l’économie est instable – est la marque d’une action politique responsable et résistante ».

Une économie du bien-être

L’OMS a plaidé pour que le redressement conduise à un système économique différent : « une économie du bien-être ». Cela signifie :

1. Une économie qui place l’homme au centre.

2. Une économie qui offre un filet de sécurité pour tous, protège les travailleurs de première ligne.

3. Une économie qui contribue à un climat vert et à un environnement durable.

4. Une économie où la santé publique est considérée comme la sauvegarde de l’économie, de la sécurité et de la paix.

Comme les dirigeants l’ont appris pendant la Grande Dépression des années 1930 et après la Seconde Guerre mondiale, « pour exiger un sacrifice collectif, il faut offrir un contrat social qui profite à tous ». « Nous devons mobiliser la volonté des hommes politiques et des citoyens pour créer une société meilleure, juste et sûre pour tous. Une économie où nous ne laissons personne derrière nous », a conclu le chef de l’OMS pour l’Europe.

 



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