COVID-19 : Vers une nouvelle crise économique ?


Elle est déjà une crise marquante de l’histoire économique, celle du « Grand confinement ». Revenons ensemble sur son origine et sur l’après-économique auquel l’Union européenne se prépare fébrilement.

Aux origines de la crise du « Grand confinement »

Les mesures sanitaires adoptées mondialement ont conduit à l’arrêt des activités non-essentielles (commerces, administrations). Le confinement s’est traduit par un choc de demande négatif. On consomme moins. Les acteurs économiques sont restreints dans leurs activités, ce qui limite la consommation et l’investissement. Les mesures sanitaires ralentissent aussi le commerce et l’industrie avec l’extérieur, notamment le pétrole ou le tourisme. Les chiffres les plus optimistes de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) prévoient une chute de 13 % du volume des échanges mondiaux de marchandises en 2020.

L’économie est aussi frappée par un choc d’offre négatif : on produit moins. L’épidémie, en frappant d’abord la Chine, a désorganisé la production de « l’usine du monde ». À l’instar du reste des acteurs économiques mondiaux, elle a du mal à tenir ses délais et répondre à la demande. En effet, la main d’œuvre est empêchée de travailler par la pandémie. C’est le cas aussi en Europe, où le PIB européen devrait chuter de 7,4% en 2020.

Plus singulier, cette crise à un caractère planifié. Les activités économiques ont été mises en sommeil, plutôt que mises à l’arrêt. La consommation est limitée par les contraintes du confinement, et non pas par les décisions des consommateurs. Une crise temporaire donc ? Cela dépendra des évolutions à venir.

La réponse à l’échelle européenne

La suspension de la règle des 3% de déficit à ne pas dépasser n’ayant pas suffit, la réponse de l’Union était très attendue. Après d’âpres négociations, les ministres des Finances se sont finalement accordés sur le déblocage de 550 milliards d’euros à l’échelle européenne pour contrer la crise économique, un total rendu possible par la mobilisation de trois acteurs.

Tout d’abord, la Commission pourra apporter 100 milliards d’euros aux États pour financer le chômage partiel, essentiel pour la survie de nombreuses entreprises. Celles-ci seront par ailleurs soutenues par la Banque européenne d’investissement, qui lèvera jusqu’à 200 milliards d’euros. Le sujet des conditions d’accès pour les États au mécanisme européen de solidarité (MES), mis en place lors de la crise grecque en 2012, demeurait cependant non résolu. Wopke Hoekstra, le ministre des Finances des Pays-Bas, réclamait des réformes économiques en échange de l’accès au MES (comme cela avait été le cas en 2012).

Mais les pays durement touchés par le virus, à l’image de l’Italie, ont argué que la crise était due à un facteur exogène de l’économie. Les ministres des Finances de l’UE se sont finalement accordés sur l’allocation sans condition préalable aux États par le MES d’une somme représentant 2% de leur PIB, soit 240 milliards en tout.

Quelles perspectives économiques ?

« Autant la profondeur de la récession que la rapidité de la relance seront asymétriques », a prévenu Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’économie. On sait déjà le recul de l’activité économique dans l’UE, de 7,4%, plus important que celui de la crise de 2008. Selon le FMI, si les mesures de confinement étaient levées au cours du deuxième semestre, une « reprise partielle » en 2021 serait possible. L’activité économique pourrait donc connaître un rebond spectaculaire, dès la fin de sa mise en sommeil. La relance européenne pourrait connaître une croissance de 6,1% d’après la Commission. Mais de nombreux facteurs (durée du confinement, mesures économiques de soutien) peuvent la remettre en cause.

Quoi qu’il en soit, un des principaux enjeux à venir est celui du rôle de l’Union européenne dans le monde. Saisir l’opportunité d’être novateur, repenser le mode de développement et de consommation, c’est le défi que nous devrons affronter selon Yves Perez, professeur d’économie. De nombreuses personnalités prônent dès à présent des relocalisations au sein de l’UE afin d’acquérir une certaine indépendance, en particulier vis-à-vis de la Chine. Par ailleurs, l’Union doit surmonter ses divisions et renforcer sa place au sein de l’économie mondiale : certains y voient l’occasion de recourir à des « Coronabonds », des dettes émises au nom de l’UE, une question pour l’instant non résolue.



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