Covid-19 : Vo’, le village laboratoire


Le premier mort italien du Covid-19 habitait dans cette bourgade de 3 300 habitants proche de Venise. Un confinement total et une campagne de dépistage ont tué  l’épidémie dans l’œuf. Extraits de notre reportage en Vénitie. 

À perte de vue, des vignes, des cerisiers, des châtaigniers, des collines verdoyantes et des carrières de trachyte, cette pierre avec laquelle fut construite Venise. Des cloches qui tintent, des cyclistes vêtus de couleurs criardes qui grimpent des virages en lacet. Et là, sur cette route, une place ceinte de pins parasols qui dort sous le soleil de midi. A une extrémité, un nom est inscrit en lettres majestueuses en haut d’un immense bâtiment ocre, aux volets fermés : « VO’ ». De l’autre côté, quelques jeunes boivent des spritz sous l’auvent d’un bar. A l’étage, six chambres à louer. C’est ici, dans ce village de la Vénétie, 3 300 âmes réparties sur cinq hameaux et autant d’églises, qu’un dénouement heureux à la crise sanitaire mondiale pourrait être trouvé. C’est ici aussi que le Covid a frappé pour la première fois le sol italien.

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Le vendredi 21 février, Alessio, un des patrons du bar, est chez lui quand, à 17 heures, la sonnerie de son téléphone retentit. « Une infirmière de l’hôpital de Padoue vient de me prévenir que deux de nos clients ont été testés positifs », annonce son associée. Jusqu’ici, le virus était pour Alessio une affaire qu’il observait, de loin, sur son écran de télévision. Mais ce jour-là, au bar, des journalistes l’attendent déjà. A 20 heures, le Samu l’emmène pour des examens : 37,2 °C de fièvre, aucun symptôme. A 23 heures, Adriano Trevisan, 78 ans, un habitant de Vo’, succombe à l’hôpital, première victime italienne du Covid-19. Son partenaire aux cartes, Renato Turetta, 67 ans, est emporté quelques jours plus tard, deuxième et avant-dernier mort du virus dans ce village. « On aurait pu en avoir jusqu’à 150 », calcule le professeur Stefano Merigliano, patron de l’école de médecine de l’université de Padoue. A Vo’, on évoque un « miracle ». Sans doute moins dû à saint Antoine qu’à la science et à une série de coïncidences favorables…

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Parmi elles, l’arrivée, après des années passées en Angleterre, du professeur Andrea Crisanti, expert en malaria, virologue de réputation mondiale. Il est venu poser ses éprouvettes dans le laboratoire de l’université de Padoue, au cœur d’un centre hospitalier de renommée internationale, à quarante minutes de Vo’. « Cet hôpital a été construit au XIIIe siècle, rappelle Stefano Merigliano. La médecine moderne est née ici. » C’est dans cette région, au XIVe siècle, quand triomphait la République de Venise, que la quarantaine maritime a été inventée. Contrairement à la Lombardie voisine, la Vénétie a conservé et développé un système de santé publique : le terrain est donc favorable.

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