Dépassé par le virus, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont annule des chirurgies | Coronavirus


La crise est telle que le Centre universitaire intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a décidé mardi soir d’annuler les chirurgies qui nécessitent une hospitalisation à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, mais aussi à son établissement frère de Santa Cabrini.

La décision survient après que Radio-Canada a révélé, plus tôt mardi, que le virus a infecté des patients dans quatre des cinq unités de chirurgie de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. La cinquième est en dépistage. Sur l’ensemble du bâtiment principal, huit unités, sur une douzaine, sont en éclosion, confirme le CIUSSS.

Cette mesure ne s’applique pas aux chirurgies urgentes et aux chirurgies requises par les usagers déjà hospitalisés, précise Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS. Les chirurgies d’un jour [sans hospitalisation] semi-urgentes et oncologiques sont maintenues.

Engorgement à l’hôpital

Selon nos informations, la direction de l’établissement a fait le constat qu’il n’y a plus de marge de manoeuvre aux soins intensifs, parce que toutes les places sont occupées par des malades de la COVID-19. À l’interne, le CIUSSS envisage de transférer des patients vers le CHUM, le CUSM, l’Hôtel-Dieu et l’Hôtel Place Dupuis.

Bien que la situation soit préoccupante, une évaluation en temps réel de la situation et un ajustement des mesures sont faits afin de contrôler rapidement ces éclosions.

Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Pour ne rien arranger, l’établissement est débordé de patients. Son urgence est occupée à 113 %, car le ministère n’autorise plus le renvoi des personnes âgées guéries de la COVID vers leur milieu de vie. L’hôpital admet même avoir dû cesser d’admettre des patients pour une période de 24 heures.

Dans un courriel adressé aux employés, mardi, le PDG du CIUSSS, Sylvain Lemieux, reconnaissait une « situation préoccupante » et un « goulot d’étranglement » dans les urgences, mais il promettait que les choses allaient s’améliorer.

Rare consolation : les patients immunodéprimés en oncologie et en hémodialyse ne sont pas touchés par les éclosions.

Les patients qui entrent à Maisonneuve-Rosemont ont plus de chances de l’attraper qu’ailleurs, affirme un médecin spécialiste qui a requis l’anonymat.

Prendre un patient pour l’opérer ici est à la limite de ce qui peut être éthique, compte tenu des risques d’attraper la COVID-19.

Un médecin spécialiste de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Lundi, François Legault a répété à plusieurs reprises que la situation est sous contrôle dans les hôpitaux. Mais la crise à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont rappelle celle de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Radio-Canada révélait la semaine dernière que des éclosions ont entraîné des décès de malades du cancer et d’autres sous dialyse. Des patients ont dû être transférés ailleurs pour limiter le débordement.

Contrairement au Sacré-Coeur, Maisonneuve-Rosemont n’a pas prévu, pour le moment, de dépister l’ensemble de son personnel. En tout, 639 employés du CIUSSS sont présentement en isolement à cause de la COVID, dont près de la moitié travaillent à l’hôpital.

Un hôpital vétuste

Selon des médecins de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, la vieillesse et le mauvais état du bâtiment principal ont accéléré la propagation du coronavirus. C’est impossible de penser qu’avec des chambres à 2, 3 ou même 4 personnes et deux lavabos pour 25 patients on n’aurait pas d’éclosion, déplore un docteur.

Le bâtiment principal obtient la note D du ministère pour son état, ce qui signifie que l’infrastructure présente un niveau élevé de dégradation et de défectuosité, et nécessite des travaux de maintien d’actifs importants et parfois urgents.

Trois sources nous confirment que des zones à pression négative ont été construites en urgence avec des murs en contreplaqué pour accueillir les patients COVID isolés après leur détection.

Confier le premier rôle à Maisonneuve-Rosemont et Sacré-Coeur était voué à l’échec en partant. Ce sont les deux hôpitaux les plus vétustes de Montréal.

Un médecin spécialiste de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Le CHUM et le CUSM sur la touche en début de pandémie

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont n’aurait pas dû être désigné pour accueillir des patients COVID, pense une source proche de la direction du CIUSSS. Je suis scandalisé qu’on n’ait pas utilisé nos meilleures armes pour affronter l’ennemi, dit un médecin.

Selon le plan provincial de contingence, l’Hôpital général juif a d’abord été désigné pour accueillir les adultes malades de Montréal en raison de son expertise en infectiologie. Dans un deuxième temps, ce sont les hôpitaux du Sacré-Cœur et Maisonneuve-Rosemont qui ont été désignés. Puis, dans un troisième temps, le plan prévoit un recours au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Pourquoi le CHUM et le CUSM ne sont pas surutilisés alors qu’ils sont à la fine pointe, avec des chambres individuelles et des chambres à pression négative? se demande un autre médecin. C’est la question que tout le monde se pose.

Ça sert à quoi d’avoir deux mégahôpitaux modernes conçus pour faire face à des épisodes du genre si on hésite à les utiliser?

Un médecin de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Le CHUM ou le CUSM ont des missions particulières de services, il n’était pas souhaitable et nécessaire de les délester au début de la pandémie, répond la porte-parole du ministère de la Santé du Québec, Marie-Louise Harvey.

Lors de la désignation de ces centres, le ministère s’est assuré de couvrir le territoire selon les besoins, les ressources humaines disponibles, tout en ayant le moins d’impact possible sur les différentes missions des hôpitaux.

Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de la Santé du Québec

Le CUSM accepte le transfert de patients atteints de la COVID-19 depuis le 2 avril, indique sa porte-parole, Annie-Claire Fournier, en complément à sa mission de soins tertiaires et quaternaires aux patients présentant des problèmes de santé complexes.

Du côté du CHUM, sa porte-parole Lucie Dufresne rappelle que le CHUM est un établissement de soins spécialisés et ultraspécialisés et qu’il a des mandats régionaux et provinciaux qu’il doit continuer à remplir même en contexte de COVID-19.



Source link

scroll to top