Des victimes du Covid-19 prises dans les « filets » de cabinets d’avocats opportunistes


A mesure que l’épidémie de Covid-19, qui a causé plus de 29 000 décès en France, semble s’éteindre, des familles endeuillées ou des citoyens ulcérés par la gestion gouvernementale de cette crise sanitaire demandent des comptes. « La judiciarisation est en place, sur le mode américain, notait Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé aujourd’hui chroniqueuse sur TF1, le 28 mai, au sujet de la dimension judiciaire que prend la pandémie, il y a des cabinets d’avocats qui se sont fait une spécialité d’aller contacter les malades ».

Dans leur quête de réponses et de vérité, les justiciables ne sont en effet pas seuls. Pris d’une soudaine passion pour la santé publique, nombre d’avocats se sont lancés dans la recherche de victimes pour être parmi les premiers à déposer des plaintes en tout genre. Souvent rédigées à la hâte, celles-ci ne reflètent pas forcément les préoccupations des victimes et risquent de créer de lourdes déceptions.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : l’indemnisation des victimes en question

Olivia Mokiejewski, dont la grand-mère est morte du Covid-19 à l’hôpital après avoir été contaminée dans un Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) francilien, a fait l’expérience de l’empressement d’une poignée de ces auxiliaires de justice. « Début avril, sur Facebook, j’ai voulu alerter mes confrères sur la propagation de l’épidémie et le défaut d’information dramatique dans les maisons de retraite, a expliqué au Monde cette journaliste de 43 ans. Résultat, j’ai été littéralement draguée par une demi-douzaine d’avocats insistant pour me rencontrer, m’aider, me représenter. »

D’instinct, elle a résisté. Elle s’est alliée à Arnaud Noyer, rencontré à travers une amie commune et dont la grand-mère a aussi succombé du Covid-19 dans un Ehpad des Alpes-Maritimes. Tous deux ont fondé, le 5 mai, l’association Collectif 9471, en référence au nombre de morts recensés dans les Ehpad à cette date. Et, pour déposer plainte, ils ont recruté un conseil soigneusement choisi pour « son approche humaine, sa déontologie et ses tarifs raisonnables ».

Référencement essentiel

Certains avocats sont passés à des méthodes plus systématiques en créant des sites Internet spécifiques s’affichant comme « associations de victimes ». Des sites au look attrayant, mais dépourvus de contenu réel, à l’opposé de ce que proposent habituellement les associations de victimes. Pas de liste de revendications, de communiqués de presse ou d’interpellation des pouvoirs publics… Tout juste y demande-t-on de répondre à un « sondage » ou de laisser un bref « témoignage ». « Ce type de procédé est un filet pour récolter les adresses mail et l’identité d’adhérents susceptibles de devenir de futurs clients », décrypte un avocat habitué des dossiers judiciaires de santé publique qui a requis l’anonymat.

Il vous reste 75.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

scroll to top