existe-t-il un risque de deuxième vague en France ?


On l’évoquait avant même le déconfinement. Y a-t-il un risque de deuxième vague en France ? Les scientifiques se montrent prudents. Le point sur les différentes déclarations des derniers jours.

1. Quel risque ?

« Il ne faut pas croire que c’est clos et que tout est derrière nous »

« Mi-août, septembre, décembre ? Le virus va nous revenir dessus mais il n’est pas certain que la vague soit plus petite ou plus grande ». Ces déclarations jeudi à France Info de Gérard Dubois, membre de l’Académie nationale de médecine, illustrent l’incertitude sur l’ampleur d’une résurgence du Covid-19 en France.

Dans son avis publié le 5 juin, le conseil scientifique avait estimé que  le scénario d’une « épidémie sous contrôle » dans les prochains mois était le plus probable, mais que les pouvoirs publics devaient se préparer activement pour anticiper des scénarios plus défavorables, pour « ne pas se retrouver dans la situation vécue le 12 mars » où le confinement était devenu inévitable, a rappelé Jean-François Delfraissy cette semaine devant les députés.

« On sait très bien que depuis le mois de mai, on a des foyers que l’on arrive à dépister parce que maintenant on a beaucoup de tests et que l’on est très vigilants. En France métropolitaine, le gros est derrière nous, mais on sait que l’épidémie a une queue, qui peut durer des semaines voire des mois. Beaucoup d’entre nous savent que le virus ne va pas disparaître pendant l’été et qu’il risque de resurgir par clusters, par petites flambées et toute l’importance c’est d’éviter que ces petites flambées deviennent des grosses flambées », a indiqué mercredi sur France Inter Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine.

La spécialiste comme plusieurs de ses confrères ont rappelé ces derniers jours l’importance de continuer à respecter les gestes barrière. « Il ne faut pas croire que c’est clos et que tout est derrière nous. Je comprends aussi le ras-le-bol de la population par rapport aux mesures de protection, mais je crois qu’il faut rester très vigilant. Le virus circule toujours et les mesures barrières sont largement moins appliquées qu’avant. On a tous les ingrédients pour que ça reparte », a appuyé sur Actu le professeur Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Toulouse. 

2. Un danger venu d’Amérique du Sud plus que de Chine ?

L’apparition ces derniers jours de plusieurs foyers de coronavirus à Pékin suscite des inquiétudes sur les risques d’une nouvelle propagation de la maladie, alors que dans le même temps, l’épidémie continue de faire des ravages en Amérique du Sud, en particulier au Brésil, désormais deuxième pays le plus touché au monde derrière les États-Unis.

Le « danger » de voir une deuxième vague d’épidémie de Covid-19 frapper l’Europe vient « beaucoup plus » de sa flambée en Amérique du Sud que des nouveaux foyers apparus récemment en Chine, a estimé jeudi un membre du Conseil scientifique français Bruno Lina. « C’est beaucoup plus là que se trouve le danger actuellement », a déclaré le virologue devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus.

« Le conseil scientifique considère que, compte tenu de ce qu’il se passe en Amérique du Sud, le risque d’une vraie deuxième vague venant de l’hémisphère sud fin octobre, en novembre ou en décembre, est un risque qui doit être considéré », a de son côté souligné Jean-François Delfraissy.

La situation en Chine nous montre en revanche « le risque de voir recirculer le virus, même en été », a ajouté Bruno Lina.

Les pays européens établiront en « milieu de cette prochaine » une première liste d’une cinquantaine de pays hors UE avec lesquels les frontières pourront être rouvertes cet été, a indiqué ce vendredi  Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État français aux Affaires étrangères. Il n’a pas précisé si de grandes destinations comme les États-Unis ou le Canada figureraient dans cette première liste mais a laissé entendre en revanche que des pays d’Amérique latine comme le Brésil devraient attendre. 

Le « danger » de voir une deuxième vague d’épidémie de Covid-19 frapper l’Europe vient « beaucoup plus » de sa flambée en Amérique du Sud que des nouveaux foyers apparus récemment en Chine, selon le virologue Bruno Lina.  © Crédit photo : MaxPPP

3. Quelles options en cas de deuxième vague ?

Dans un entretien au Journal du Dimanche début juin, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy avait évoqué en cas de deuxième vague une « stratégie nouvelle ». « Il faudra probablement laisser tourner le Covid dans la population jeune et essayer de protéger, avec leur accord, les plus fragiles, malades, précaires, ou âgés », indiquait-il. 

Devant les députés cette semaine, il a répété qu’un nouveau confinement généralisé ne serait à son sens « ni possible, ni souhaitable », car « il ne serait pas accepté par la population » et aurait des conséquences économiques et sociétales trop lourdes. En cas de besoin, il envisage donc plutôt « un confinement partiel » conseillé aux « populations plus âgées, plus à risque ».

Interrogé sur la possibilité d’un confinement régional, limité aux zones touchées par un éventuel rebond de l’épidémie, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet a jugé qu’il serait « difficile de l’assurer au niveau » empêchant réellement « une diffusion » au reste du territoire. Il a donné l’exemple des fermetures de frontières, qui « ne marchent pas » car certains les « contournent », et qui ne permet donc que de « gagner quelques jours » dans l’expansion d’une épidémie.





Source link

scroll to top