« Je plaide pour la création de centres de référence au niveau national »


A l’entrée de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le 27 mars STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Néphrologue et pharmacologue, le professeur Gilbert Deray est chef du service de néphrologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP).

Des semaines après avoir déclaré le Covid, certains patients présentent toujours des symptômes lourds. Que sait-on des formes prolongées de la maladie ?

C’est un vrai problème, et, passé la phase aiguë de cette épidémie, l’un des sujets majeurs sur lesquels il nous faut travailler. Des symptômes à distance de la phase aiguë du Covid peuvent correspondre à plusieurs situations. La plus fréquente semble être l’association d’une fatigue persistante et d’un essoufflement au moindre effort, qu’on va devoir explorer attentivement pour faire le tri entre des atteintes organiques et des troubles de type stress post-traumatique, dus au confinement et au poids sociétal énorme de cette maladie.

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Il est également nécessaire de rechercher des séquelles, en particulier après des formes sévères de Covid. On ne sait pas encore quelle proportion de patients gardera une fibrose pulmonaire résiduelle qui expliquerait la gêne respiratoire. Et il n’y a pas que les poumons. Ainsi, 50 % à 80 % des malades pris en charge en réanimation sont en insuffisance rénale aiguë, il va falloir vérifier s’ils récupèrent complètement leur fonction rénale. Idem pour d’autres organes, comme le cœur et le cerveau, touchés à la phase aiguë de l’infection.

Le rôle d’un excès de notre réponse immunitaire sera l’une des pistes pour expliquer ces troubles. Tout comme en phase aiguë, où nous avons observé des orages cytokiniques entraînant des décès de patients en réanimation, une réponse immunitaire inappropriée pourrait être responsable de la persistance de symptômes, liée à une sorte de maladie auto-immune induite par le virus.

Alors que les hôpitaux se réorganisent pour gérer le quotidien hors-Covid, comment suivre ces patients ?

Des études de cohorte vont nous permettre d’acquérir progressivement des connaissances. Mais, en ce qui concerne le diagnostic et la prise en charge de ces patients avec des symptômes tardifs de Covid ou des séquelles, je plaide pour des filières spécifiques, en lien avec les médecins généralistes dont le rôle va être aussi très important, et pour la création de quelques centres de référence Covid au niveau national. L’intérêt de ces centres, qui existent déjà pour des maladies rares, est double : éviter la dispersion des patients et réunir en un même lieu des spécialistes de différentes disciplines qui connaissent bien cette maladie.

Vous réclamez aussi la création d’associations de patients…

Nous avons besoin d’associations de patients. Comme pour toutes les maladies, ce sont des acteurs indispensables pour nous aider à prendre conscience de l’importance du problème, et guider la réflexion des médecins. La création de centres de référence permettrait à ces représentants de patients d’avoir des référents.



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