Jean-François Delfraissy, un équilibriste sur le fil du Covid-19


Le changement de cap en a surpris plus d’un. En annonçant dès le 7 juin, dans le Journal du dimanche, que l’épidémie est « sous contrôle » et qu’il faut « laisser les gens vivre », le président du conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, a opéré un virement de bord, et pris de court l’exécutif qui prévoyait d’attendre le 22 juin pour une nouvelle étape dans le déconfinement. Il ne faut pas « aller trop vite », même si « la situation continue de s’améliorer », a tempéré le lendemain le ministre de la santé Olivier Véran, lors d’un déplacement à Argenteuil (Val-d’Oise). Avant que le président de la République n’annonce finalement, dimanche 14 juin, le passage « en vert », le lendemain, de l’ensemble du territoire, à l’exception de la Guyane et de Mayotte.

L’expert justifie le revirement par l’évolution des connaissances : « On est relativement rassurés sur les semaines qui viennent. Les tests pour dépister sont là, les masques aussi. Il y a eu un changement des mentalités vis-à-vis des mesures barrières », assure-t-il au Monde, même s’il faut se tenir prêt « en cas de perte de contrôle de l’épidémie », l’un des quatre scénarios évoqués dans un avis du conseil scientifique le 2 juin.

Depuis sa nomination il y a trois mois, ce n’est pas la première fois que Jean-François Delfraissy impose son rythme. Au fil des semaines, on l’a vu afficher de plus en plus ouvertement son indépendance et celle du conseil, organisant avec soin ses sorties médiatiques, à distance de celles du gouvernement.

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De son côté, si l’exécutif appréciait, au début de la crise, de mettre en avant ce médecin capable de trouver les mots justes pour appeler à la prudence au JT de 20 heures, il a aussi pris ses distances, notamment en imposant la date du 11 mai pour le déconfinement contre l’avis du conseil scientifique.

Jean-François Delfraissy a joué « un rôle clé » dans la crise « et l’a toujours », glisse un conseiller à Matignon, « mais la relation entre le gouvernement et la science ne s’est pas réduite au conseil scientifique qui n’avait pas le monopole et ne le demandait pas ».

Jean-François Delfraissy, lui, évoque un « climat de confiance » et se défend d’avoir outrepassé sa mission de conseil. « J’ai lu qu’on était entré dans une espèce de pouvoir sanitaire qui se serait substitué au pouvoir politique, je le récuse de A à Z », affirme-t-il. « Chacun son rôle, ce sont les politiques qui décident et nous sommes là pour les éclairer. Cela ne peut pas marcher autrement. »

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