la Centrafrique veut freiner l’importation de cas depuis le Cameroun


Des camions en file indienne à Bossembele, en République centrafricaine, sur l’axe Douala-Bangui, le 16 octobre 2017. FLORENT VERGNES / AFP

Dans la cour du ministère de la santé, à Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA) les 4×4 officiels se sont succédé sans relâche, vendredi 1er mai, au gré des rencontres avec les partenaires internationaux. La raison ? L’épidémie due au coronavirus et la progression inquiétante du nombre de personnes testées positives ces derniers jours. Jusque là relativement préservée, avec 19 cas au 23 avril dernier, la Centrafrique a vu en une semaine le nombre de cas officiels monter en flèche pour atteindre 72 vendredi, dont huit nouveaux en seulement 24 heures. Autre particularité : plus d’une quarantaine sont considérés comme importés par voie terrestre.

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« Ce qui a dans un premier temps attiré notre attention, ce sont les 22 cas relevés le 26 avril dernier, parmi lesquels on a comptabilisé 17 camionneurs, dont 14 provenant du Cameroun (les trois autres venaient du Tchad), affirme Pierre Somsé, le ministre de la santé, entre deux rendez-vous. Et la tendance s’est maintenue durant tout la semaine. » Le dossier est sensible et manifestement compliqué à gérer, en raison de la peur des chauffeurs routiers. « Ces conducteurs ne voulaient pas se faire tester, poursuit le ministre. En raison des préjugés qui se sont répandus, ils avaient peur qu’on leur inocule un vaccin. »

Produits de première nécessité

La réaction gouvernementale a d’abord consisté à restreindre le trafic, de la frontière à Bangui, à commencer par la circulation des passagers entre les grandes villes de l’Ouest (Bouar, Berbérati, etc.) et la capitale. « Ce que nous voulions éviter, c’est le brassage qui caractérise le transport des passagers et peut constituer un facteur d’accélération de la dissémination », explique Pierre Somsé. Mais le trafic de marchandises, lui, a continué.

Difficile de faire autrement. L’axe reliant Douala, la capitale économique du Cameroun, à Bangui est en effet vital pour la Centrafrique. Bangui est approvisionnée principalement en produits de première nécessité via ce corridor. La Mission des nations unies en Centrafrique (Minusca) avait même dû intervenir militairement il y a un an, pour dégager des barrière posées par un groupe armé, le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Un blocage qui avait provoqué un début de pénuries dans la capitale. Rendre cette frontière totalement hermétique relève donc de la mission impossible.

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Mais, précise le ministre, « avec mon homologue camerounais, nous travaillons à mettre en place des tests dès le départ du Cameroun, pour n’autoriser que les chauffeurs testés négativement à pouvoir prendre la route ». Un examen systématique qui serait également reconduit à la frontière, puis à l’arrivée à Bangui. « Avec les limites que nous connaissons, souligne Pierre Somsé. Le fait d’être négatif ne veut pas dire que nous ne soyons pas infectés, mais cela réduirait les risques. »

Plusieurs équipes mixtes impliquant l’institut Pasteur de Bangui et le ministère de la santé se rendent actuellement dans les principales villes frontière pour dresser un état des lieux épidémiologique et évaluer l’opportunité de mettre en place des dispositifs d’isolement.

Populations à risque

Le Cameroun représente aujourd’hui, selon l’estimation des autorités centrafricaines, 90% des risques de transmission transfrontalière. « Il y a beaucoup de personnes qui circulent sur cet axe », confirme Jean-François Aguilera, le directeur pays de l’Organisation internationale des migrations (OIM), qui devrait se voir confier une mission d’étude sur les flux de passagers entre les deux pays. Ceux-là sont liés aux échanges commerciaux, mais concernent également des déplacements familieux ou encore le retour de Centrafricains qui avaient fui la guerre civile en RCA.

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Autre point épineux, la zone comporte de nombreuses populations à risque. Des camps importants de déplacés interne, où la promiscuité est grande, continuent d’accueillir des dizaines de milliers de personnes. Mais ce qui préoccupe le plus Patrick Eba, le directeur pays d’Onusida, dont l’organisation est très impliquée dans la lutte contre le Covid-19, c’est le taux de prévalence du VIH, particulièrement important dans ces régions (7,7% à Bouar, par exemple). Or les personnes atteintes du VIH sont plus fragiles face au virus.



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