La COVID-19 fait grimper le nombre de surdoses d’opioïdes en Colombie-Britannique | Coronavirus


Dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver, épicentre de la crise des opioïdes au pays, le fentanyl fait plus peur que le coronavirus. Allongés côte à côte sur les trottoirs, il n’y a pas de distanciation physique entre les consommateurs d’héroïne et de crack.

Je ne connais pas de gens morts de la COVID-19, mais je peux vous nommer 200 personnes qui ont été tuées par une surdose de fentanyl, lance d’entrée de jeu Samona Marsh, présidente du Vancouver Area Network Drug Users, mieux connu sous l’acronyme VANDU.

Mais ce n’est pas parce que le coronavirus est moins craint qu’il n’a pas été indirectement mortel.

Tous les intervenants reconnaissent que la fermeture des frontières a tari l’approvisionnement en drogue, si bien que celles qui demeuraient en circulation dans la rue sont devenues plus dangereuses, car mélangées avec d’autres substances.

Les règles de distanciation physique ont aussi forcé les centres d’injections supervisées à accueillir moins de toxicomanes.

Résultat, toutes les conditions étaient réunies pour faire exploser le nombre de surdoses.

Nous avons dû nous aussi réduire de moitié notre capacité d’accueil. Nous avions deux personnes par table [pour s’injecter], maintenant ce n’est qu’une, alors la moitié des utilisateurs doit attendre, souligne Mme Marsh.

Samona Marsh, présidente du Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU)

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

En entrevue, le Dr Mark Lysyshyn, chef adjoint de la santé publique de Vancouver, reconnaît que tout n’a pas été parfait.

Il y a eu incontestablement des problèmes lors du déclenchement de l’éclosion, où les sites d’injection eux-mêmes ne pouvaient pas rester ouverts, admet-il.

Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les places qui manquent pour s’injecter sécuritairement, assure le médecin.

Le Dr Lysyshyn rappelle que des mesures ont été prises par la province pour aider directement les toxicomanes durant la pandémie. La Colombie-Britannique a notamment mis sur pied un programme de prescription d’opiacés livrés chez les consommateurs. Une façon de traiter la dépendance tout en limitant l’exposition au virus.

On doit analyser le programme, mais si ça démontre que les gens qui prenaient ces drogues prescrites, et pas de la rue, faisaient moins de surdoses, ça prouvera que ce programme est important, soutient-il.

Rebâtir des habitudes après le « désastre »

Après deux mois d’isolement et de mesures exceptionnelles, le défi est maintenant de convaincre les plus vulnérables de reprendre des habitudes de consommation plus sécuritaires.

Leur nouvelle normalité [aux consommateurs], ça va avoir l’air de quoi? C’est ça qu’il faut construire, et il faut le faire de façon urgente, presse le Dr Brian Conway.

Le directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver, et pionnier de la lutte contre le VIH/SIDA en Colombie-Britannique, estime que les décisions prises par la province pour lutter contre le coronavirus n’ont pas suffisamment pris en compte la réalité des toxicomanes.

C’est un désastre! […] On les a privés de leurs toilettes, de leurs douches, des endroits où ils pouvaient se rencontrer, manger, avoir des services.

Dr Brian Conway, directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver
« Le coronavirus tue, tout comme le fentanyl », peut-on lire dans ce graffiti au centre-ville de Vancouver.

« Le coronavirus tue, tout comme le fentanyl », peut-on lire dans ce graffiti au centre-ville de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Regagner du terrain

Avant la pandémie, le nombre de surdoses mortelles était en baisse constante depuis un an en Colombie-Britannique. Pour revenir sur la bonne voie, l’hygiéniste en chef de la province propose de sortir des sentiers battus.

Je continue de plaider pour la décriminalisation des gens qui ont en leur possession une petite quantité de drogue pour leur usage personnel, affirme la Dre Bonnie Henry.

Le gouvernement provincial jure que la pandémie n’a réduit en rien ses efforts de lutte contre les surdoses. Mais dans Downtown East Side, Samona Marsh en doute.

Ça me dérange, parce que j’ai l’impression que plus a été fait pour la COVID que pour le fentanyl, même si des gens meurent ici de surdose.

Samona Marsh, présidente du VANDU

L’état d’urgence déclaré en 2016 pour affronter la crise des opioïdes est toujours en vigueur et tout porte à croire qu’il sera encore nécessaire après la crise du coronavirus.



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