la place des tests sérologiques toujours en débat


La recherche médicale n’a sans doute jamais été aussi rapide pour faire face à une épidémie, mais la précipitation et les revirements observés dans ce domaine, ces dernières semaines, interrogent. Ainsi, les tests sérologiques qui devaient devenir des « passeports d’immunité » pour un déconfinement en toute sécurité ne sont finalement plus jugés assez fiables par les autorités sanitaires.

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Des incertitudes persistent sur le lien entre présence d’anticorps et protection contre une réinfection, selon Christophe D’Enfert. « On ne peut probablement pas généraliser leur utilisation tant qu’on n’a pas plus d’informations sur la corrélation entre niveau d’anticorps et protection, et sur la durée de la protection », explique le directeur scientifique de l’Institut Pasteur, où les tests ont été homologués.

Quelle place donner à cet examen ?

Pratiqués sans ordonnance depuis plusieurs semaines dans de nombreux laboratoires, ces tests sanguins qui recherchent la présence d’anticorps indiquant si une personne a été confrontée au Covid-19, ont été officiellement mis en place la semaine dernière, avec l’annonce de leur remboursement par la Sécurité sociale. Sur le terrain, pourtant, la confusion persiste quant à la place à donner à cet examen et à l’interprétation du résultat.

Certaines collectivités territoriales organisent des campagnes de dépistage, comme la ville de Nice, qui proposera des tests sérologiques gratuits à partir de mercredi. Certaines pharmacies en réalisent aussi, alors qu’elles n’y sont pour le moment pas autorisées.

Derrière ces initiatives, il y a une réelle curiosité des Français : « J’ai eu de la toux pendant le confinement, est-ce que c’était le Covid ? », « Je vais revoir mes petits-enfants, suis-je immunisé ? », « Puis-je retourner travailler sans risque ? »

« Si un patient me demande : ’Est-ce que j’ai été en contact avec le virus ?’ Oui, je lui propose le test sérologique. Mais s’il me pose la question : ’Est-ce que je suis immunisé ? ou ’Est-ce que je suis contaminant ? je lui dis que je ne peux pas répondre… », explique Hikmat Chahine, directeur médical du groupe de laboratoires biologiques Unilabs.

Ce raisonnement est d’autant plus vrai dans les régions et les milieux peu frappés par l’épidémie, car même des tests dont la performance est excellente voient leur « valeur prédictive » baisser lorsque la maladie est peu fréquente. Autrement dit, la probabilité qu’ils donnent une réponse erronée est plus élevée.

« Clarifier la doctrine »

« Il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers, il faut qu’on mette chaque test à sa place », ajoute le médecin biologiste, appelant les autorités à « clarifier la doctrine ».

Les connaissances scientifiques ont progressé ces dernières semaines, avec notamment la parution fin mai d’une étude de l’Institut Pasteur qui montre que même les patients atteints de formes mineures développent des anticorps et que ces anticorps parviennent à neutraliser le virus en laboratoire.

Cette étude « tranche la question », juge François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB), estimant que les tests sérologiques répondent à un vrai besoin pour accompagner le déconfinement de tous ceux qui travaillent en collectivité.

« Mais qu’est ce que cette information va m’apporter à titre individuel ? », interroge le professeur Pierre Tattevin, infectiologue au CHU de Rennes.

« Si ma sérologie est positive, est-ce que ça m’autorise à aller me balader dans les rues, dans les magasins sans masque ? La réponse est non. On n’en sait pas encore assez », prévient-il.

En effet, « on ne sait toujours pas formellement si cette activité neutralisante est associée à une protection contre la réinfection », explique le professeur Olivier Schwartz, responsable de l’unité virus et immunité à Pasteur.

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En attendant, le « principe de précaution » prévaut donc, d’autant que même si un test sérologique positif garantissait l’absence de risque personnel, il n’autoriserait pas pour autant à baisser la garde.

« Si vous serrez la main de quelqu’un qui est malade, même si vous-même ne tombez pas malade, vous pouvez ensuite serrer d’autres mains ou déposer du virus sur des surfaces et ainsi contaminer d’autres personnes », a averti le ministre de la santé Olivier Véran.



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