L’après COVID-19: pour un Québec plus inclusif


La relève du Québec, en provenance des sciences naturelles, humaines et sociales, propose une réflexion sur les nombreux défis qui attendent la société québécoise pour affronter la crise de la COVID-19 et en sortir*.


Camille Esther GaronCamille Esther Garon
Agente de communication, organisatrice d’évènements et conférencière

Comme plusieurs d’entre vous, la présente pandémie me rappelle à quel point notre société est toujours traversée par d’innombrables inégalités sociales, dont plusieurs sont systémiques. Ni vous ni moi ne devrions fermer les yeux sur ce qui se passe autour de soi.

J’ai néanmoins constaté avec bonheur cette vague de solidarité sociale, ces arcs-en-ciel. Mais comme actrice dans le communautaire particulièrement sensible aux enjeux de justice sociale, je remarque toujours, à ma grande tristesse, que plusieurs personnes demeurent négligées ou carrément exclues.

À la lumière de mon expérience, et des témoignages qui me sont parvenus, il ne fait aucun doute dans mon esprit que, si on se dit en faveur de l’inclusion sociale de toutes et tous, il est urgent de décoder l’ampleur de ces inégalités sociales au moyen d’une approche intersectionnelle. C’est là une condition à la réussite d’un véritable vivre-ensemble.

De l’importance de l’intersectionnalité

Je suis consciente que la notion d’intersectionnalité n’est pas connue de tous, mais elle est importante. C’est un concept qui a été forgé par la juriste afro-américaine Kimberley Crenshaw à la fin des années 80. À quoi sert-il ? En bref, il cherche à décoder le tissu complexe des relations sociales et économiques, matérielles et symboliques, afin de reconnaître les multiples obstacles et les défis que des personnes vivent au quotidien, et ce, de manière simultanée. En fait, en tenant compte des diverses appartenances communautaires, l’intersectionnalité peut et doit être mobilisée comme un cadre d’analyse pour déceler les dynamiques de pouvoir indues qui affectent particulièrement les membres des groupes socialement marginalisés, lesquels sont souvent sous-représentés dans nos institutions.

Forte de mes expériences sur le terrain et des initiatives que j’ai mises en place, j’ai eu la chance de m’entretenir avec des collègues, des proches et des moins proches, qui m’ont expliqué leur réalité.

Si tout le monde pouvait entendre leur témoignage, je crois que nous ne pourrions plus jouer à l’autruche. Il faut entendre ces réalités d’humains, souvent passées sous silence, afin de se comprendre et de poursuivre notre quête d’humanité.

Je me souviens… de celles et ceux que nous avons oubliés

Au moment où la pandémie frappait le Québec en plein cœur, j’ai eu l’occasion de discuter au téléphone avec Diane**, issue de la communauté asiatique. Nous avons tout de suite abordé certains des enjeux liés à la COVID-19 ; son anxiété était palpable. Comme plusieurs, elle est inquiète de sortir de chez elle, craignant les propos racistes et les gestes discriminatoires, qui sont devenus monnaie courante pour les ressortissants des communautés asiatiques.

Mais le racisme est aussi vécu par l’ami d’une proche, qui est originaire d’Afrique subsaharienne et qui réside actuellement en Chine. Il vit étrangement la même chose que Diane, mais dans un contexte où persiste le racisme anti-noir. Cette stigmatisation risque de continuer après la crise.

J’ai aussi parlé avec Marianne, qui travaille dans le communautaire auprès d’un quartier défavorisé connaissant une population très diversifiée, où les résidences intergénérationnelles sont répandues. Nos consœurs et confrères de ce quartier, comme pour tant d’autres au Québec, sont injustement défavorisés par notre système. Elles et ils subissent plus fortement les inégalités systémiques, disposant d’un accès limité aux ressources et aux services de l’État. Aux problèmes de précarité financière s’ajoutent ceux qui sont liés au logement, à l’emploi, à l’accès aux soins de santé. Quand frappe une pandémie comme la COVID-19, ils manquent cruellement d’outils et de moyens afin de s’adapter et se protéger. Plusieurs militants et travailleurs communautaires comme Marianne ont pourtant averti les autorités publiques de cette problématique. Et si c’était vous ? Et si c’était moi…

Je veux me souvenir… d’un Québec plus inclusif

Nos gouvernements travaillent fort pour venir en aide aux citoyens. Je suis la première à applaudir les mesures d’aide financière qui sont déployées.

Mais je suis attristée quand j’apprends qu’Annabelle, une étudiante internationale qui contribue activement à la société québécoise depuis plusieurs années, n’a pas accès à la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants.

Je me demande souvent quand nous allons reconnaître pleinement le travail des personnes issues de l’immigration, comme Isabelle, qui font leur possible pour faire fonctionner un organisme communautaire venant en aide aux femmes, mais qui se sentent oubliées par les remerciements des gouvernements.

L’inclusion sociale semble un concept simple, mais elle est très difficile à atteindre. Si on souhaite véritablement vivre ensemble, il importe d’entendre ces témoignages, d’autres encore, et de reconnaître les injustices qui nuisent à notre société. Ces problèmes ne sont peut-être pas les vôtres ; mais ils sont ceux de vos confrères et vos consœurs. Soyons à la hauteur de notre humanité commune, et que, lorsqu’on écrit ça va bien aller, tout le monde se sente inclus et concerné. Quand nous allons sortir de chez nous, assurons-nous que tout le monde se sente chez soi.

** Les prénoms sont fictifs

* Ce dossier est coordonné par Catherine Girard, Isabelle Laforest-Lapointe et Félix Mathieu, respectivement de l’Université Laval, de l’Université de Sherbrooke et de l’Université du Québec à Montréal.





Source link

scroll to top