Le cinéma face au défi de l’après-pandémie de Covid-19


Editorial du « Monde ». Plus de trois mois après la fermeture des cinémas en raison de la pandémie de Covid-19, les Français ont de nouveau la possibilité de revenir dans les salles de projection, depuis lundi 22 juin. Les dégâts de cette interruption sont estimés à plusieurs centaines de millions d’euros. Le manque à gagner est d’autant plus spectaculaire que la fréquentation avait connu, en 2019, l’un de ses meilleurs millésimes, avec 213 millions d’entrées.

A la fermeture des salles s’ajoute maintenant le report à des jours meilleurs de nombreuses grosses productions hexagonales et hollywoodiennes. La profession table sur une chute d’un tiers du nombre de spectateurs cette année. Mais la crise va bien au-delà du recul de la fréquentation : c’est tout l’équilibre du secteur qui se trouve fragilisé.

Il faudra attendre sans doute plusieurs mois pour mesurer les conséquences de cette parenthèse inédite sur les habitudes des spectateurs. Pendant le confinement, le public s’est massivement reporté sur la télévision ou l’ordinateur, notamment pour s’abonner à une offre de vidéo à la demande ou pour visionner des films à l’unité sur l’une des nombreuses plates-formes sur Internet.

Ces pratiques, déjà populaires avant la pandémie et bien ancrées chez les plus jeunes, ont connu ces trois derniers mois une accélération qui devrait se poursuivre. Selon le cabinet américain MoffettNathanson, le marché de la vidéo à la demande (VoD) devrait ainsi doubler de volume outre-Atlantique d’ici à 2024.

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Cette manne ne fera que renforcer la capacité des grands acteurs du streaming (Netflix, Amazon, Apple) à séduire davantage de studios, de cinéastes et de producteurs, qui leur permettront d’étoffer leurs catalogues et de pousser leur avantage au détriment de l’industrie traditionnelle. Pendant le confinement, plusieurs longs-métrages, prévus pour une sortie en salle, ont été directement disponibles en VoD, à l’image du Pinocchio, de Matteo Garrone, sur Amazon, ou de USS Greyhound, le nouveau film avec Tom Hanks, que Sony Pictures a revendu à Apple.

Tendance de fond

Cette tendance de fond n’épargnera pas le marché français et va continuer à bousculer un modèle économique qui a permis jusqu’à présent à notre pays de maintenir un réseau de salles très dense et de soutenir une production de films éclectiques, populaires, à même de faire émerger de nombreux talents.

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Pour que ce modèle coexiste au mieux avec une offre numérique devenue incontournable, il faudra d’abord que la programmation des salles retrouve au plus vite toute sa richesse et sa diversité. En annonçant une majoration des aides pour les producteurs et distributeurs qui sortiront leur film pendant l’été, le CNC apporte de ce point de vue un soutien essentiel pour venir en aide aux salles les plus fragiles.

Il faudra surtout que la directive européenne dite « SMA » (services de médias audiovisuels) soit transcrite en droit français au plus vite, pour obliger les plates-formes à financer la création française. L’urgence est d’autant plus grande que les chaînes de télévision traditionnelles, touchées par la chute des recettes publicitaires, participeront moins à l’effort collectif. Le 6 mai, lors de sa rencontre avec des artistes, Emmanuel Macron a promis que les plates-formes seraient assujetties aux obligations de financement, dès le 1er janvier 2021. Avec quelles modalités précises ? C’est à cette question qu’il faut répondre pour savoir dans quelle mesure l’exception culturelle française pourra être sauvegardée.

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Le Monde



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