Le coronavirus intensifie le cercle vicieux des communautés noires


Maladies chroniques, pauvreté, injustices sociales et racisme: la COVID-19 creuse les inégalités auxquelles fait face la population noire, même ici au Québec.

Depuis le début de la crise, les médecins indiquent que les maladies chroniques telles le diabète, l’hypertension artérielle ou l’obésité rendent ceux qui en souffrent plus vulnérables de contracter la COVID-19 ou plus vulnérables à en être affectés plus sévèrement lorsqu’ils en sont atteints.

Les communautés noires sont particulièrement touchées par ces comorbidités, selon Schiller Castor, président de l’Association médicale haïtienne à l’étranger. Aux États-Unis, dans l’État de l’Illinois par exemple, les Noirs représentent moins de 15 % de la population, mais près de 30 % des décès de l’épidémie, selon les plus récentes données du Illinois Department of Public Health (IDPH).

«C’est un cercle vicieux. Les problèmes de santé comme le diabète, la haute pression et l’obésité ont une corrélation directe avec les inégalités sociales et avec la pauvreté. […] C’est à cause de la pauvreté», explique M. Castor.

Un couteau à double tranchant

Dans l’arrondissement de Montréal-Nord, durement touché par la pandémie le mois dernier, la situation s’observe de deux façons. D’abord, 25 % des cas enregistrés de coronavirus provenaient du secteur de la santé dont font partie de nombreux préposés aux bénéficiaires, infirmiers, infirmières et médecins.

«Je ne serais pas surprise que la plupart d’entre eux soient issus de la communauté haïtienne. En plus, on sait qu’une personne sur quatre à Montréal-Nord est noire, donc par la force des choses, il y a un lien de corrélation», soutient la mairesse de l’arrondissement, Christine Black.

D’autre part, plusieurs résidents de son arrondissement, non pas seulement dans la communauté noire, ont des ressources financières limitées et doivent habiter dans des logements avec plusieurs autres personnes. «Ça les rend plus vulnérables à toutes les maladies», ajoute la mairesse.

Chômage et précarité

La crise actuelle, qui a drastiquement fait gonfler le taux de chômage, met en évidence la précarité d’emploi de la population noire. Aux États-Unis, alors que le taux de chômage recensé en avril se situait à 14,7 %, il était chez les noirs à 16,7 % et chez les blancs à 14,2 %, selon le «New York Times».

Si le taux de chômage à 13,7 % au Canada en mai dernier ne permet pas d’identifier les répartitions entre les personnes noires ou blanches, le dernier recensement de Statistique Canada paru en février dernier démontre l’ampleur de la problématique. En 2016, le taux de chômage se situait à 10,2 % chez les hommes et les femmes noirs contre 5,8 % chez les femmes et 6,7 % chez les hommes dans le reste de la population. L’année précédente, un homme noir gagnait en moyenne 15 000 $ de moins qu’un homme blanc.

«Ça risque d’être encore plus grave et d’avoir un impact encore plus grand au point de vue économique après la crise», estime le Dr Castor.

Un tsunami après la tempête

Si la pandémie affecte déjà la population noire d’un point de vue économique, le décès de George Floyd a largement contribué à l’affecter sur le plan psychologique.

«Il y a plein de noirs qui n’ont pas regardé la vidéo parce qu’on vit dans ça chaque jour […] Ce n’est pas la goutte qui a fait déborder le vase, c’est le tsunami après la tempête», lance Marie-Livia Beaugé, de l’organisme montréalais Hoodstock.

Pour elle qui lutte notamment contre la brutalité policière depuis la mort de Fredy Villanueva en 2008, le décès de George Floyd aux États-Unis a juste ajouté à l’état de fatigue déjà bien présent chez la communauté noire de Montréal.

«Je ne sais pas comment les cahiers d’histoire appelleront ça, je ne sais pas si ce sera post-George Floyd ou post-COVID, mais on est en train de changer d’ère, car les gens en ont marre des inégalités», affirme-t-elle.

Avec le décès de cet homme qui montre à la face du monde une injustice sociale latente, Mme Beaugé croit que des changements drastiques s’imposent si l’on souhaite déconstruire ce problème structurel.

«Il faut arrêter de faire des petits pas et faire un saut en longueur et rattraper le retard qu’on a pris», explique celle qui, aux côtés des autres membres de son organisation, a amassé plus de 150 000 $ dans les dernières semaines pour limiter la propagation du coronavirus et protéger les citoyens de Montréal-Nord.



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