Le Covid-19, architecte sans diplôme mais pas sans talent


Alors que l’épidémie due au coronavirus Sars-CoV-2 marque le pas, les architectes et les urbanistes peuvent déjà tirer un enseignement de cet épisode : les lieux les mieux adaptés pour faire face à une situation comme celle-là sont ceux qui n’ont pas été prévus pour y répondre. Plus exactement, ceux qui ont été pensés pour rien de précis.

Que ce soit pour le soin, l’habitat ou les déplacements pendant et après le confinement, les endroits les plus gratifiants ont été les plus polyvalents. Les architectes disent qu’il faut construire des bâtiments «capables». Capables de quoi ? De servir à tout. Adaptables.

Même à l’hôpital. L’extension de Henri-Mondor, à Créteil, inaugurée le 9 avril en plein pic de l’épidémie, comportait des salles de réveil qui auraient pu se transformer en salles de soins intensifs au besoin. Cela n’est pas une affaire d’équipements mais de plan. «Pour rendre possibles de futures reconfigurations, adaptations et transformations nécessaires à un bâtiment hospitalier, le choix de la structure primaire [le plan, ndlr] est de première importance», écrit Jérôme Brunet, l’architecte de l’extension d’Henri-Mondor dans l’ouvrage consacré à sa production hospitalière (1). A dessin simple, transformations possibles. Ce qui, au passage, vaut pour répondre à l’évolution ordinaire des pratiques médicales.

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Curieusement, les villes, structures lourdes par excellence, se sont révélées elles aussi plutôt adaptables. En deux coups de peinture, elles ont fait surgir des kilomètres de pistes cyclables pour répondre au problème sanitaire des transports collectifs tout en essayant de ne pas être submergées d’automobiles. Sans compter la créativité des bistrotiers pour occuper l’espace public avec des sortes de cahutes d’extension des terrasses assez pittoresques.

Imbécilités

Paradoxalement, les constructions qui auront été les moins «capables» sont celles dans lesquelles on habite. Avec le confinement, les habitants ont payé au prix fort toutes les imbécillités de conception des logements neufs appliquées comme autant de dogmes par les promoteurs ces dernières décennies : la séparation jour-nuit qui colle les chambres des enfants à celle des parents ; les chambres minuscules dans lesquelles on ne peut pas caser un bureau ; les fenêtres riquiquis et le rapport du dedans-dehors complètement oublié. Une coursive et un palier, ce n’est pas la même chose.

Au fond, qu’a-t-il manqué aux gens pendant ces 55 jours de confinement ? Des pièces pouvant servir à tout. Suffisamment grandes certes car 13 mètres carrés seront toujours mieux que 9. Réparties dans un plan qui donne à chacun le minimum d’intimité pour se supporter dans une période pareille. Mais ce n’est pas qu’une affaire de surface. Interviewé dans l’ouvrage collectif Transformation des situations construites (2), l’architecte Patrick Bouchain résume l’objectif : «Ce qui importe c’est le qualitatif, et non le quantitatif. Un grand logement qualitatif ce n’est peut-être qu’une grande fenêtre avec une vue large et beaucoup de lumière.».

(1) Phylum H, édition Hatje Cantz
(2) Disponible sur Canal-architecture.com/publications


Sibylle Vincendon





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