« Le Covid-19 n’est pas la source des pénuries de médicaments, elle les aggrave »


Tribune. Depuis le début de l’épidémie liée au nouveau coronavirus, la France est confrontée à un problème massif de pénuries de dispositifs médicaux et de médicaments. Les pénuries de masques et de blouses de protection dans les hôpitaux comme les ruptures d’approvisionnement de médicaments dans les services de réanimation ont fait les gros titres de la presse quotidiennement.

A juste titre, ces pénuries sont délétères et affaiblissent notre force de frappe dans la lutte contre la pandémie. Pourtant, ces pénuries n’ont pas attendu la crise due au Covid-19 pour apparaître et entraîner de lourdes conséquences pour les personnes malades. Non, le Covid-19 n’est pas la source des pénuries de médicaments à travers le monde, même si c’est un élément qui aggrave la situation.

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Depuis plusieurs années, La Ligue contre le cancer se mobilise pour lutter contre ce problème et tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : parce que la demande de certains médicaments utilisés pour la réanimation mais aussi pour la chirurgie du cancer a explosé au cours des derniers mois, parce que les chaînes de production ont été ralenties, voire momentanément stoppées dans les principaux pays producteurs, les pénuries de médicaments s’aggravent dangereusement.

Vécu inquiétant

Selon une étude menée par La Ligue en novembre 2019, le constat était déjà alarmant. En effet, près de trois professionnels de santé sur quatre déclaraient avoir déjà été confrontés à des pénuries de médicaments contre le cancer. De même, 74 % des professionnels interrogés témoignaient du sentiment que les pénuries de médicaments contre le cancer ont eu tendance à s’aggraver depuis dix ans. En particulier, 95 % des pharmaciens hospitaliers ont constaté une aggravation du phénomène.

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Ce vécu inquiétant ne fait que refléter un triste constat de l’aveu même des autorités sanitaires : l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) déplorait 1 499 pénuries ou tensions d’approvisionnement en 2019 contre 404 en 2013, soit une augmentation de plus de 350 % !

Mais le problème s’étend plus loin que ce seul constat chiffré : La Ligue constate que plus de la moitié des professionnels interrogés s’estiment mal informés sur le phénomène, ce chiffre étant d’autant plus élevé que ces derniers exercent en ville. Rien d’étonnant à ce que les deux tiers des personnes atteintes de cancer s’estiment également mal informées sur le sujet.

Des conséquences graves

Pourtant, les conséquences directes des pénuries de médicaments sur les personnes malades sont graves et multiples. Pour celles qui ont été confrontées à une indisponibilité de médicaments, l’annonce en a été synonyme d’incompréhension, d’inquiétude et de colère.

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