Le «rorqual de Montréal» et la COVID-19


La baleine à bosse est morte. Probablement des suites d’une collision avec un navire. Elle aurait aussi pu attraper le coronavirus dans le port de Montréal ou le long du Saint-Laurent.

Une équipe de chercheurs de l’Université de la Californie à Davis a établi que les mammifères marins, dont les rorquals et les bélugas, sont vulnérables à des virus de ce type

Des études ont révélé la présence de fragments du coronavirus dans les systèmes d’assainissement de villes européennes. Des chercheurs ont également examiné les eaux usées à Boston afin de prédire le nombre de cas de coronavirus. Ça devrait donc être le cas pour les localités qui, touchées par la COVID-19, déversent leurs eaux usées dans le Saint-Laurent, dont le bilan de santé est peu réjouissant

Les mammifères marins sont contaminés par divers types de coronavirus. En 2000, on a découvert, le long de la côte californienne, des cadavres de phoques infectés par un coronavirus respiratoire. On a aussi trouvé des traces de virus de cette famille chez des phoques et des bélugas en captivité. En 2008, une nécropsie a révélé qu’un coronavirus avait détérioré le foie d’un béluga en captivité dans un parc aquatique. Des chercheurs craignent que les bélugas soient à haut risque d’infection par le nouveau coronavirus.

Si les baleines, dont les bélugas, sont sensibles au SRAS-CoV-2, cela pourrait avoir des répercussions sur la chasse de subsistance des Inuits de l’Arctique, compte tenu du danger de propagation du virus aux chasseurs inuits et à leur famille qui consomment les baleines. La pandémie de coronavirus pourrait aussi modifier la façon dont les chercheurs interagissent avec les mammifères marins. Les scientifiques travaillant avec des mammifères marins devront-ils prendre des précautions supplémentaires pour mener leurs recherches?

Pour l’instant, «il n’y a pas de données sur la sensibilité possible des mammifères marins au virus [responsable de la COVID-19]», souligne, sur le site «Baleines en direct», le Dr Stéphane Lair, professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Toutefois, les mammifères terrestres y sont vulnérables. Des chiens et des chats, mais aussi des tigres et des lions du Zoo du Bronx, à New York, ont attrapé le coronavirus.

Grâce à leur milieu de vie et à l’espacement déjà imposé aux humains fréquentant leur milieu (100 mètres), les mammifères marins du Saint-Laurent semblent assez bien protégés d’une potentielle contamination: «Il est impossible de dire que les risques sont de zéro, mais ils sont probablement très faibles», précise le Dr Lair

Marie-Ève Muller, rédactrice en chef de «Baleines en direct», le site d’information du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), me confirme dans un courriel que les virus présentent quand même des risques pour les populations de baleines. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins recommande plus que jamais de garder ses distances avec les mammifères marins, dont les phoques sur les plages.

Pour Marie-Ève Muller, les baleines pourraient aussi être affectées de manière positive. En effet, le ralentissement des activités humaines et la diminution du trafic maritime pourraient en fait améliorer les conditions de vie des mammifères marins.

Deux rorquals ont aussi été aperçus au large de Marseille ce printemps. Cette présence exceptionnelle a été attribuée au confinement lié à la pandémie: moins de circulation en mer, moins de bruyants bateaux de plaisance.

Ça ouvre de nouveaux espaces aux mammifères marins, avec les risques que cela comporte, comme on le voit avec «la baleine de Montréal».



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