Les hormones féminines pourraient-elles aider à soigner le Covid-19 ?


Depuis le début de la pandémie, le nombre de décès liés au Covid-19 est nettement plus important chez les hommes que chez les femmes. Face à ce constat, deux médecins américaines ont lancé des études pour déterminer si les œstrogènes et la progestérone pouvaient expliquer cette plus grande résistance au Coronavirus.

Selon le GlobalHealth50/50 qui rassemble les données des différentes agences de santé dans le monde, plus d’hommes que de femmes sont décédés à cause du Covid-19. Pour tenter d’expliquer ce phénomène, deux études portant sur les œstrogènes et la progestérone ont été lancées aux Etats-Unis, comme le soulignait le New York Times il y a quelques jours. Sharon Nachman, professeure de pédiatrie à l’Université Stony Brook de New-York et Sara Ghandehari, pneumologue et médecin dans le service de soins intensifs à l’hôpital américain Cedars-Sinai à Los Angeles, en sont à l’origine.

Des études visant à réduire les symptômes du Covid-19

« L’objectif est de réduire les symptômes, et non pas d’éviter une contamination », explique aux Inrocks la Docteure Nachman, qui encadre l’étude sur les œstrogènes de l’école de médecine de l’université de Stony Brook. Cette hypothèse a été proposée par son confrère Antonio Gasparis, qui, en soignant des patients en soins intensifs, a été étonné de constater un tel écart entre le nombre d’hommes et de femmes touché·es par le Covid-19. L’essai sur les œstrogènes, lancé le 24 avril sur un premier patient, vise à vérifier si ceux-ci amélioreront ou non la réponse immunitaire des patient·es atteint·es du Covid-19. Pour Sharon Nachman, aucun risque d’effet secondaire car « la dose n’est pas assez forte et la durée, pas assez longue ».

L’étude sur la progestérone est née d’un constat similaire, comme l’explique la pneumologue Sara Ghandehari au New York Times : « Il y a une différence frappante entre le nombre d’hommes et de femmes dans l’unité de soins intensifs ». L’essai sur la progestérone (une hormone reconnue pour ses propriétés anti-inflammatoires) a commencé la semaine dernière. L’objectif consiste, ici, à observer si elle permet de prévenir, ou non, des réactions excessives du système immunitaire.

Les œstrogènes, « un bon candidat à observer »

Pour Jean-Charles Guéry, responsable de l’équipe de recherche « Différences liées au sexe dans l’immunité : mécanismes et physiopathologie » à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’œstrogène est « un bon candidat à observer ». Mais, « on ne sait pas si elles sont en cause dans le cas de Covid… C’est une hypothèse possible », précise-t-il aux Inrocks.

Le chercheur s’appuie sur une étude américaine parue en 2017 dans The Journal of Immunology, revue scientifique britannique, qui a mis en évidence « un biais de sexe » sur des expérimentations faites sur des souris avec des souches d’anciens coronavirus. « Les femelles résistaient à l’infection alors que les mâles, à partir d’un certain âge, mourraient à plus de 80 % d’une inflammation au niveau des tissus pulmonaires. Un peu comme ce qu’on voit ici avec le Covid-19″, explique-t-il. En retirant les œstrogènes aux femelles, « elles ont atteint des taux de mortalité équivalents aux souris mâles. C’est une première évidence qui montre que les hormones ovariennes pourraient être importantes pour protéger les femelles », commente le chercheur.

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Une piste à nuancer

Cependant, il faut nuancer ces espoirs. En effet, une fois ménopausées, les femmes ne fabriquent que très peu d’œstrogène. Pourtant, les chiffres montrent que même les femmes âgées résistent davantage au Covid-19 que les hommes de leur tranche d’âge. Un constat qui fait douter Sabra Klein, scientifique spécialisée sur les différences entre les sexes dans les infections virales à l’École de santé publique Johns Hopkins de Baltimore, de la pertinence de ces essais sur les hormones dites « féminines ». « Les hommes plus âgés sont toujours touchés de manière disproportionnée, et cela suggère qu’il doit y avoir quelque chose de génétique, ou autre chose, ce n’est pas seulement hormonal », explique-t-elle, sceptique, dans le New York Times. Et d’ajouter : « L’œstrogène a des propriétés immunomodulatrices – ne vous méprenez pas. Vous pourriez obtenir un effet bénéfique chez les hommes et les femmes (…) Mais si les femmes résistent mieux à 93 ans, je doute que ce soit des hormones. »

« Ces femmes fabriquent encore un peu d’œstrogènes. Elles ne fabriquent pas plus du tout d’œstrogènes, elles en sécrètent de moins en moins, petit à petit », argumente pour sa part la Docteure Nachman.

En tous les cas, les scientifiques qui s’expriment sur le sujet prennent soin de préciser qu’il ne s’agit que d’hypothèses et que rien ne permet pour l’instant de les confirmer ou de les infirmer. Concernant l’étude sur les œstrogènes, il faudra faire preuve de patience avant de connaître les premiers résultats. « Nous espérons en avoir en novembre prochain », conclut Sharon Nachman.

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