les volontaires veulent aider la société


(Montréal) Il n’y a rien d’évident à se porter volontaire pour recevoir un virus potentiellement dangereux, dans le but de tester l’efficacité d’un vaccin éventuel.


Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

C’est pourtant le risque que sont apparemment prêtes à courir quelque 27 000 personnes provenant d’une centaine de pays, dans le but d’accélérer de quelques mois la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus.

« Tout ce que je peux faire pour aider, a ainsi résumé Alexandre Rodgers, un jeune homme de 27 ans de la région de Sherbrooke qui s’est inscrit sur le site 1daysooner.org. Chaque journée épargnée pour disposer d’un vaccin correspond à des vies sauvées. »

Une centaine de vaccins sont actuellement en développement à travers le monde pour combattre le coronavirus, mais seulement une dizaine ont jusqu’à présent été administrés à une poignée d’humains.

Des essais de type « challenge » sont normalement organisés vers la fin du développement d’un vaccin, afin d’en tester l’efficacité. Ils pourraient survenir beaucoup plus tôt dans le cas du coronavirus, même si aucun n’est pour le moment prévu.

« C’est ça que je trouve intéressant, a dit Bernard Cooper, un Montréalais de 52 ans. On accélère par des mois et des mois [le développement d’un vaccin] et on a une situation beaucoup plus contrôlée. »

Entre altruisme et égoïsme

Tous les volontaires avec qui La Presse canadienne a pu s’entretenir tiennent essentiellement le même discours : ils sont touchés, voire bouleversés, par la situation actuelle et cherchent des stratégies pour aider.

« Personnellement, individuellement, le virus ne m’inquiète pas beaucoup, a expliqué Dane Stewart, un jeune homme de 27 ans du quartier Notre-Dame-de-Grâce. Statistiquement, les chances sont en ma faveur. Mais dès que je regarde quel impact le virus pourrait avoir à l’extérieur de ma bulle immédiate, ou sur les gens de ma communauté, ça m’inquiète beaucoup plus. »

D’autant plus que le confinement rendu nécessaire par la pandémie engendre lui-même son lot de répercussions parfois graves, rappelle Alexandre Rodgers, qui cite en exemple une hausse des situations de violence domestique ou encore les enfants qui, privés de leurs petits camarades, voient leur socialisation brimée.

« La COVID-19 domine les médias, mais ce n’est pas le seul problème actuellement et je pense que prendre le contrôle de la COVID-19 aussi rapidement que possible est important pour le bien-être général de tout le monde », a-t-il dit.

M. Cooper hésite à dire si ses motivations sont altruistes ou égoïstes, car selon lui la démarcation entre les deux peut parfois être très mince.

« Entre altruisme et égoïsme, pour bien des choses, je pense que la ligne n’est jamais très claire, dans le sens que si ça me dérange particulièrement de voir les autres malheureux, angoissés, confinés, leur vie perturbée, ça m’affecte, je suis connecté aux autres et à la société, a-t-il dit.

« On le fait parce qu’on veut avancer les choses pour les autres, et ça soulagera aussi certaines inquiétudes que nous on peut avoir pour les autres, pour nos proches. Les gens veulent participer, ils veulent faire partie de la solution, donc à quel point c’est entièrement altruiste, je l’ignore. Pour moi la question ne se pose pas vraiment. Altruiste, égoïste, c’est un peu des deux. »

Risques pour la santé

Reste que le SRAS-CoV-2 n’a rien d’une blague et qu’on ne doit surtout pas le prendre à la légère, surtout si le fait d’y être exposé dans le cadre d’un essai de type « challenge » devait servir à tester l’efficacité d’un vaccin dont les preuves resteraient encore à faire.

Oui, un pourcentage encore incertain de gens ne présentent aucun symptôme, mais d’autres, y compris des jeunes dans la force de l’âge et sans problèmes de santé particuliers, passent à un cheveu d’y laisser leur peau, quand l’issue n’est pas encore plus dramatique.

Et c’est sans compter que les médecins ne cessent de découvrir de nouveaux dommages que le virus est susceptible de causer à l’organisme.

« Je pense [que le coronavirus] pose un risque différent pour différents segments de la population, et j’appartiens à un segment dont le risque est plus faible », a dit M. Stewart.

M. Rodgers tient des propos similaires, tout en admettant que des jeunes comme M. Stewart et lui ont éprouvé de graves problèmes de santé après avoir été infectés.

Mais même M. Cooper, qui a pourtant deux fois leur âge, n’est pas particulièrement inquiet.

« Si on évalue ça sobrement, les risques ne sont pas énormes, a-t-il dit. Je ne ferais pas ça si j’avais 65 ans. C’est sûr que 52 [ans] c’est peut-être un peu plus à risque que d’avoir 30 ans, mais je pense que c’est un risque très tolérable d’après les informations que j’ai sur les risques associés. »

Les trois volontaires sont aussi réconfortés par le fait que, dans le cas où ils seraient invités à participer à un essai de type « challenge », ils auraient accès aux meilleurs soins possibles.

« Paradoxalement, dans ce genre d’essai [clinique], les gens sont tellement suivis de près et dès le début, s’il y a des symptômes, tu as accès à des soins de santé avant même que ça devienne dangereux, a rappelé M. Cooper.

« Je ne serais pas inquiet si la pire des choses c’est d’avoir les symptômes d’une grippe dégueulasse, je me dirais, »ok, je l’ai cherché, j’espère que ça aidera ». C’est tout. »





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