« L’Institut Pasteur a été meurtri d’être publiquement mis en cause par l’Etat malgache »


Un employé de l’Institut Pasteur de Madagascar effectue un test de dépistage du coronavirus, à Antananarivo, le 23 avril 2020. RIJASOLO / AFP

La nouvelle avait fait l’effet d’un coup de tonnerre : mercredi 6 mai, l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) annonçait, dans son décompte quotidien, un nombre anormalement élevé de cas positifs au Covid-19 : 67, contre 4 ou 5 d’ordinaire. Le gouvernement malgache décide alors de refaire les prélèvements et de les faire tester de nouveau par l’IPM et le Centre d’infectiologie Charles-Mérieux (CICM). En parallèle, l’exécutif mène sa propre enquête, au terme de laquelle « les éléments de réponse fournis par l’IPM n’ont pas permis d’élucider les interrogations légitimes des autorités », est-il écrit dans un communiqué publié mercredi 13 mai. André Spiegel, directeur de l’IPM, s’explique.

Que répondez-vous à la déclaration du gouvernement qui questionne la fiabilité de l’IPM ?

Le gouvernement a posé la question de la fiabilité de la série de tests dont les résultats ont été rendus publics le 6 mai par l’IPM et qui comptabilisaient 67 cas positifs, un nombre très élevé au regard des chiffres habituels. On s’est rendu compte qu’une série de tests positifs provenaient d’un même hôpital, où les signes cliniques des patients semblaient correspondre au Covid-19. Nous avons donc fait le choix de communiquer ces résultats, après les avoir vérifiés à trois reprises. Et dès le lendemain, j’ai diligenté une enquête interne pour vérifier que tout avait été fait dans les règles. Le gouvernement a ensuite demandé à faire retester certains échantillons. Dans le cadre de cette contre-expertise, 55 échantillons nous ont été apportés, que nous avons testés avec le CICM. Et nous avons tous les deux abouti au même résultat : 5 cas positifs sur les 55.

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Comment expliquez-vous un tel écart entre les premiers résultats et ceux-ci ?

Lors de notre enquête en interne, nous avons trouvé un échantillon très chargé viralement. On ne peut pas écarter l’hypothèse qu’on ait eu des faux positifs liés à ce cas « anormalement » positif, qui aurait contaminé certaines de nos manipulations. Le ministère de la santé, de son côté, a enquêté sur la phase pré-analyse [conditions des prélèvements, de leur transport et de leur arrivée au laboratoire], mais nous ne connaissons pas ses conclusions.

Comment pratiquez-vous les dépistages ?

Notre travail est de tester des écouvillons qui nous sont apportés, nous ne faisons pas les prélèvements nous-mêmes. Cette semaine, nous avons réalisé 743 tests et nous en sommes à plus de 5 500 depuis le début de l’épidémie. On réalise une PCR [amplification en chaîne par polymérase] en temps réel, qui vise à amplifier le génome du virus pour le mettre en évidence. C’est le test de référence de l’OMS [Organisation mondiale de la santé]. Ça demande de la logistique, du matériel et des pièces dédiées. Nous étions les premiers habilités à les pratiquer sur l’île, et on a depuis formé différents biologistes des CHU de Madagascar et de certains centres hospitaliers de province, à Mahajanga, Tamatave et Fianarantsoa. Cette semaine, nous avons envoyé un laboratoire mobile à Tamatave.

Il faut prendre conscience que ces PCR exigent de la maintenance, ainsi qu’un niveau d’électricité stable. C’est une grosse organisation. Quand un diagnostic est positif, une équipe du ministère de la santé mène une enquête et effectue un dépistage chez les personnes contacts. Actuellement, Madagascar connaît un faible nombre de cas [230]. Le premier cas a été diagnostiqué le 19 mars et, grâce au confinement, le virus s’est répandu lentement. Mais les trois dernières semaines montrent une tendance à la hausse. Il va donc falloir suivre les développements avec beaucoup d’attention.

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En ces temps de défiance envers les instances internationales, êtes-vous inquiet de cette polémique récente ?

C’est compréhensible que des tensions interviennent entre les acteurs dans la lutte contre une épidémie globale. Il faut que tout le monde travaille main dans la main pour lutter au mieux contre le virus. Mes équipes ont été profondément meurtries par la mise en cause publique du gouvernement. Je comprends que les autorités demandent une contre-enquête, mais cela aurait pu être fait de façon plus confidentielle et sereine. Nous avons été poussés malgré nous sur le devant de la scène. A l’IPM, nous travaillons avec cinq virologues, une quarantaine de techniciens et des épidémiologistes pour la saisie des données ; données que nous envoyons au ministère de la santé midi et soir. Nous continuons de travailler.



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