Lorsque le Covid-19 est banalisé…


Georges ne croit pas au Covid-19. Ou du moins, il est convaincu que les autorités exagèrent. Pour lui, la pandémie et le confinement imposé ont constitué « un bon prétexte pour pousser les Libanais à ne plus manifester » et « les distraire pendant quelque temps de la crise économique ». « Autour de moi, personne n’a rien senti, martèle-t-il. Tout le monde se porte bien. » Samar, quant à elle, soutient que le Covid-19 n’est qu’une « petite grippe » et que tout ce tohu-bohu qui a entouré l’épidémie au Liban n’en valait pas la peine. « On a toujours attrapé la grippe et on a toujours pris des précautions », lance-t-elle.

Cet état d’esprit est assez fréquent au Liban où le Covid-19 a été bien contrôlé jusque-là, se soldant à ce jour par 1 495 contaminations cumulées et 32 décès. De rares flambées ont été enregistrées depuis la déclaration du premier cas le 21 février, et de nombreuses personnes, persuadées que le Covid-19 est une maladie respiratoire comme tant d’autres, continuent d’adopter une attitude irresponsable, faisant fi des mesures de précaution.

« Le Covid-19 n’est sûrement pas une théorie de complot, affirme le Dr Jad Habib, médecin de famille. C’est un nouveau virus qui appartient à la famille des coronavirus. Comme il s’apparente au SARS ou SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère, à l’origine de l’épidémie de 2002 à 2004), il a été baptisé SARS-CoV-2. » « Au tout début de l’épidémie, on pensait qu’il s’agissait d’un virus respiratoire comme un autre. Au fil des cas déclarés, il s’est avéré qu’il a un important pouvoir de contagion. Ce qui a poussé les autorités, au Liban et dans d’autres pays aussi, à mettre en garde contre ce virus, d’autant qu’il a provoqué beaucoup de décès et que plusieurs foyers sont apparus simultanément dans plusieurs régions du monde », poursuit le Dr Habib.

Aplanir la courbe

Le SARS-CoV-2 « n’entraîne pas qu’une gêne respiratoire », rappelle-t-il. « Le virus étant nouveau, on ignorait au début quelles étaient ses conséquences, souligne le Dr Habib. Des patients en sont décédés, ce qui arrive aussi dans certains cas de contamination par la grippe saisonnière. Ce qui a surpris, c’est le tollé spécifiquement autour de ce virus et non pas autour des autres virus respiratoires, en plus du confinement imposé pratiquement par l’ensemble des pays. Cette mesure a été prise en raison de la rapidité avec laquelle le SARS-CoV-2 se propage, une rapidité trois fois supérieure aux virus de la grippe saisonnière. Il peut ainsi contaminer trois fois plus de personnes dans un même laps de temps et submerger par conséquent les milieux hospitaliers et la capacité de chaque pays à l’affronter. Cela s’est traduit par une saturation rapide des systèmes hospitaliers, notamment en Italie, en Espagne, à New York et en Iran. »

De ce fait, les gouvernements ont déployé des efforts pour « étaler la progression du virus dans le temps ». « C’est pour aplanir la courbe et donc permettre aux systèmes hospitaliers d’encaisser le choc que le confinement était nécessaire au début », insiste le Dr Habib qui rappelle toutefois que « 80 à 85 % des personnes qui attrapent le virus n’auront pas besoin d’hospitalisation, puisqu’elles seront asymptomatiques ou présenteront peu de symptômes ».

Évolution favorable

À l’instar de tous les virus respiratoires, « le coronavirus peut entraîner des complications importantes et mortelles », insiste-t-il encore. « Il faut rappeler que les virus de la grippe contre lesquels on se vaccine sont aussi mortels », poursuit-il. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 600 000 personnes meurent chaque année de la grippe saisonnière. « Les personnes à risque d’être contaminées par le SARS-CoV-2 sont les mêmes que celles qui risquent d’attraper le virus de la grippe, c’est-à-dire les personnes qui ont des problèmes chroniques comme le diabète, l’hypertension, une obésité, ou encore des problèmes respiratoires et cardiaques. Ce sont aussi les fumeurs, les personnes âgées, celles qui ont une immunodéficience… Toutes ces personnes peuvent avoir des complications importantes dues au Covid-19, sachant que la complication la plus importante de la maladie a été l’atteinte respiratoire qui est violente, nécessitant souvent une admission aux soins intensifs. »

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« Au fil de l’évolution de l’épidémie, on a aussi compris que le Covid-19 n’est pas qu’une atteinte respiratoire et qu’il peut entraîner des thromboses pulmonaires, note le Dr Habib. On sait désormais que les anticoagulants constituent l’un des traitements du coronavirus. »

Et le médecin de conclure : « L’évolution de la maladie reste dans 90 à 98 % des cas favorable, avec un taux de décès qui oscille autour de 2 %. C’est un virus qu’on peut traiter. Mais sa gravité réside dans le fait qu’il a une transmission rapide et que les personnes à risque développent des complications graves. Toutefois, avec toutes les connaissances acquises, nous sommes prêts à affronter une seconde vague, au cas où elle surviendrait. Tous les scientifiques l’affirment. Entre-temps, la distanciation reste la principale mesure de prévention, puisque le virus est véhiculé par l’homme. Le masque est important, mais la distanciation l’est encore plus. »

Georges ne croit pas au Covid-19. Ou du moins, il est convaincu que les autorités exagèrent. Pour lui, la pandémie et le confinement imposé ont constitué « un bon prétexte pour pousser les Libanais à ne plus manifester » et « les distraire pendant quelque temps de la crise économique ». « Autour de moi, personne n’a rien senti, martèle-t-il. Tout le…





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