Pékin en état d’alerte après l’apparition d’un nouveau foyer d’infection


Correspondant à Pékin

Branle-bas de combat à Pékin. La capitale chinoise est de nouveau en état d’alerte après la découverte vendredi d’un foyer d’infection au Covid-19 dans un immense marché de fruits et légumes. Au moins 100 personnes ont été contaminées, selon l’OMS, ce qui ravive le spectre d’une seconde vague épidémique dans le pays le plus peuplé du monde.

L’anxiété est brusquement de retour dans la mégalopole de 21 millions d’habitants qui n’avait enregistré aucun nouveau cas depuis soixante jours, et retrouvait progressivement son activité, après des mois de combat contre le virus. «En une journée, on revient à la case départ de l’épidémie. Quand est-ce que ça va finir? C’est trop déprimant!» confesse une employée pékinoise trentenaire.

À l’orée de l’été moite, les centres commerciaux ont retrouvé ce week-end la torpeur de l’hiver épidémique, désertés par une population aux aguets. Les autorités ont sonné la mobilisation générale pour circonscrire le foyer détecté au marché de Xinfandi, dans le sud-ouest de la capitale. «Le risque de propagation de l’épidémie est très élevé, donc nous devons prendre des mesures volontaristes», a déclaré lundi Xu Hejiang, porte-parole des autorités municipales.

Le pouvoir a immédiatement déclenché une campagne massive de dépistages, visant à tester «l’ensemble du personnel du marché et les habitants des environs», et mis en quarantaine dix quartiers proches de ce complexe grand comme 157 terrains de football et qui fournit l’essentiel des approvisionnements en produit frais de la capitale. Plus de 76.000 tests nucléiques ont déjà été conduits lundi matin, détectant 36 nouveaux cas et établissant le bilan à 100 sur quatre jours. «La bonne nouvelle est que tous les cas sont liés au marché, cela veut dire que l’on est au début de la chaîne de propagation, et qu’elle est contrôlable. La mauvaise nouvelle est qu’il y a habituellement un trafic extraordinaire à Xinfandi», résume Zhang Wenhong, épidémiologiste à l’hôpital Huashan, à Shanghaï, sur la plateforme Weibo.

La rentrée scolaire repoussée

Environ 15.000 personnes se rendent quotidiennement sur ce site, selon le magazine Caixin. Les autorités ont déjà remonté la trace de 200.000 personnes qui ont fréquenté les étals ces quinze derniers jours. Le district de Daixing se dit même en «état de guerre», et les agents font du porte-à-porte pour retrouver les individus potentiellement contaminés.

L’origine exacte du foyer n’a pas été confirmée par les autorités, mais des traces du virus ont été détectées sur du saumon importé, a affirmé le patron du marché. Cette information a suffi à attiser encore la méfiance à l’égard des produits en provenance de l’étranger, alors que la Chine se barricade depuis la fermeture de sa frontière le 28 mars.

Une prudence qui contraste avec l’optimisme affiché en Europe.

Les contrôles de température à l’entrée des immeubles qui venaient d’être progressivement levés depuis quelques jours ont été remis en place dans l’urgence à l’échelle de la ville. La municipalité a repoussé la rentrée des écoliers du primaire prévue ce lundi, et nombre de Pékinois ont décidé de travailler chez eux, sous le regard anxieux du reste du pays, où seulement une poignée de cas ont été détectés ces derniers jours.

Déjà, les voyageurs en provenance de Pékin suscitent la méfiance et subissent des contrôles renforcés dans de nombreuses cités apeurées. La ville de Daqing dans la province septentrionale du Heilongjiang a même décrété à leur endroit une quarantaine de 21 jours!

Les prochains jours diront si ces mesures massives et rapides mises en œuvre permettront de circonscrire ce foyer local, comme le fait avec succès la Corée du Sud voisine depuis plusieurs semaines. Il s’agit d’un test grandeur nature aux yeux de la deuxième puissance mondiale qui s’attend à l’éclosion d’autres nids d’infection locaux. La réponse diligente à Pékin, vitrine du régime communiste, «servira d’excellent exemple pour d’autres provinces afin de contrôler les foyers sans arrêter toute la société», juge Zhang.

La mobilisation des autorités et la vigilance de la population montrent que la Chine est toujours aux aguets, face à un nombre de cas pourtant minimes, rapportés au 1,4 milliard d’habitants. Une prudence qui contraste avec l’optimisme affiché en Europe. Dimanche, la France enregistrait plus de 400 nouveaux cas de Covid, et le président Emmanuel Macron sonnait la fin du confinement en Île-de-France, dans un climat de soulagement.



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