place à la solidarité d’après-crise


Voici le premier d’une série de textes d’opinion sur les effets sociaux à long terme de la pandémie, rédigé par des membres du Comité sur les impacts de la COVID-19 de la Fondation Pierre Elliott Trudeau


VARDIT RAVITSKYVARDIT RAVITSKY
Professeure de bioéthique à l’école de santé publique de l’Université de Montréal, fellow 2020 et présidente du Comité sur l’impact de la COVID-19

Ces dernières semaines, la solidarité était partout. Elle s’est exprimée par les professionnels de la santé et les travailleurs essentiels, qui ont mis leur vie en danger et parfois payé de celle-ci pour s’occuper des autres.

Elle s’est exprimée par des sacrifices individuels comme le fait d’être éloigné de ses proches, de ne pas pouvoir en prendre soin, de voir ses procédures médicales reportées ou même par des tragédies déchirantes pour ceux qui, à cause de la quarantaine, ont perdu un être cher sans pouvoir lui dire au revoir. En solidarité, plusieurs ont perdu leur emploi et nous avons tous payé un prix économique énorme pour réduire le nombre d’infections et de morts, et protéger la capacité du système de santé à répondre aux besoins les plus urgents.

On pourrait nommer cela la « solidarité en temps de crise ». Mais ce qui nous attend dans les mois et les années à venir est une « solidarité d’après-crise ». Dans la prochaine phase, face à une crise économique mondiale sans précédent et probablement à une famine qui touchera des millions de personnes, et où la lutte contre le virus devra se poursuivre, nous nous demanderons quel rôle la solidarité devrait jouer, si nous voulons répondre aux besoins des plus vulnérables ici et dans le monde entier.

L’impact de la COVID-19 n’a pas été le même pour tous. Les personnes qui souffrent des taux les plus élevés et des pires conséquences de l’infection sont celles qui souffraient de discrimination, de marginalisation et de pauvreté bien avant la pandémie. Cet impact inégal est ancré dans une réalité préexistante caractérisée par une injustice structurelle et des iniquités colossales. Pour ceux qui ont choisi de fermer les yeux, la pandémie les oblige à les ouvrir grands.

Comme certains l’ont fait remarquer, la pandémie est une radiographie qui rend visible ce qui est habituellement caché. C’est une loupe qui met en relief nos défaillances sociales.

Elle éclaire douloureusement la situation persistante des groupes défavorisés et vulnérables dont les souffrances permanentes sont aujourd’hui exacerbées : les personnes âgées, les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis, les groupes racialisés et ethniques, les personnes incarcérées, les travailleurs migrants, les demandeurs d’asile, les réfugiés, les personnes handicapées, les pauvres, les sans-abri, les femmes et les enfants victimes de violence domestique.

Les populations qui souffrent toujours, mais souvent dans l’obscurité deviennent maintenant plus visibles, parce qu’en cas de pandémie, notre interdépendance est plus explicite. Si elles ne peuvent être soignées, le risque augmente pour nous tous. En ce sens, une pandémie force presque la solidarité, parce que la chose la plus éthiquement appropriée devient aussi une question d’autoprotection et de préservation.

L’impératif éthique de se soutenir mutuellement devient un impératif biologique de survie, parce que le risque pour nous et nos familles est déterminé par la capacité de tous ceux qui nous entourent à respecter les mêmes directives de santé publique. Une pandémie est donc une occasion unique d’utiliser la visibilité de notre « connectivité épidémiologique » pour examiner notre agenda social et nos engagements moraux.

Nos responsabilités et devoirs éthiques se situent au niveau local, envers les personnes vulnérables de notre propre région, province et pays. Mais ils s’étendent également au-delà. La pandémie nous a montré comment, dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, la propagation du virus ignore les nations et les frontières. Cela signifie que – à long terme – nous ne pouvons pas protéger nos intérêts nationaux sans tenir compte de ceux qui nous entourent. Ainsi, en favorisant le bien-être des autres, nous nous protégeons nous-mêmes.

Cette crise peut nous apprendre à faire tomber les murs entre « nous » et « eux » : les riches et les pauvres, les vieux et les jeunes, mais aussi entre les pays à revenus élevés et faibles.

Mais cette leçon n’est pas évidente. Jusqu’à présent, dans certains cas, la pandémie a rendu ces murs encore plus redoutables en éveillant le racisme et la peur. En diffusant des théories de conspiration et en montrant du doigt l’origine du virus. Pourtant, nous devrions construire un avenir axé sur la collaboration et les partenariats, et non pas façonné par la division. Cela exige un engagement de chacun d’entre nous en tant que citoyen canadien engagé. Mais également un leadership politique qui soit prêt à tirer parti de la position du Canada dans le monde pour contribuer aux mécanismes de gouvernance internationale qui servent la justice mondiale et favorisent le bien commun.

Des temps très difficiles nous attendent. Des temps où notre résilience sera mise à l’épreuve. Nous serons soumis à des tensions économiques et nos désaccords pourraient s’aggraver. Mais nous devons essayer de garder les leçons de cette pandémie près de nous, et maintenir notre engagement de solidarité et de compassion afin de construire une société dans laquelle chacun pourra s’épanouir.

Dimanche prochain : Cindy Blackstock sur la question du racisme et la discrimination par l’État au Canada





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