Préposée aux bénéficiaires, la COVID-19 lui a enlevé son mari | Coronavirus


Lorsqu’elle a su, au mois de mars, qu’un collègue de travail présentait des symptômes liés à la COVID-19, Amoti Furaha Lusi a vécu un moment de frayeur.

J’étais vraiment terrorisée, je me disais : que Dieu puisse me protéger, se rappelle-t-elle. Toute l’image de ma famille venait sur ma tête, je me disais : mon Dieu, si j’attrape quelque chose aujourd’hui, qu’est-ce que je vais apporter à la maison?

À la maison, son conjoint terminait la rédaction d’une thèse de doctorat entouré de ses cinq enfants, âgés de 2 à 19 ans, occupés, pour la plupart, à poursuivre leur année scolaire.

À l’emploi du CHSLD Dorval comme préposée aux bénéficiaires, Mme Furaha Lusi se rappelle avoir prévenu son gestionnaire à propos de son collègue malade. Il m’a fait de fausses promesses. Il m’a dit : « Rassure-toi, tout est beau », raconte-t-elle.

C’était une période où le ministère de la Santé du Québec jonglait avec la pénurie de masques et une distribution serrée des stocks. Nous, à Dorval, on nous demandait de travailler avec un seul masque pour toute la journée, soutient-elle. Amoti Furaha Lusi raconte que, parfois, on plissait des essuie-tout pour faire des genres de masques.

Début avril, le mauvais sort de la COVID-19 frappe cette famille d’origine congolaise. Mme Furaha Lusi contracte la maladie et la transmet, selon toute vraisemblance, à son mari et à ses enfants.

À cette époque, près de la moitié des 30 employés du CHSLD Dorval dépistés (symptomatiques ou ayant été en contact avec des cas suspectés ou confirmés positifs) obtiennent un résultat positif, précise par écrit le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Selon le président de la section locale 2881 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Jonathan Deschamps, la plus grosse problématique, c’est que les masques n’ont pas été obligatoires dès le départ; probablement que des gens ont été infectés à ce moment-là. Maintenant, les masques sont obligatoires, les visières sont obligatoires même quand on n’est pas auprès de la clientèle.

Selon M. Deschamps, des gens [employés] qui arrivaient avec des symptômes qui n’étaient pas retirés immédiatement ont également été un facteur de propagation.

Hospitalisé pendant un mois

Désiré Buna Ivara, lorsqu’il était étudiant à l’Université de Kinshasa.

Photo : Radio-Canada

Désiré Buna Ivara venait d’avoir 50 ans l’automne dernier. En 2004, il avait quitté son Congo natal, déchiré par des conflits. Il voulait vraiment bâtir sa vie ici […] Il avait vraiment un rêve canadien, témoigne la veuve.

Cette dernière l’a rejoint quelques années plus tard. La famille habitait Deux-Montagnes, dans les Laurentides.

Après trois jours, mon mari a commencé à avoir des difficultés respiratoires, avec des fortes fièvres, explique Mme Furaha Lusi.

M. Ivara est alors transféré au CHUM, où on le place dans un coma artificiel avec des appareils sophistiqués. Confiant, un médecin lui dit qu’il lui reste seulement le processus de réveil et le processus de rééducation.

Puis, un soir, tout bascule et Mme Furaha Lusi se rend à son chevet. Je lui ai dit : « Accroche-toi, parce que là, j’attends un autre bébé », confie-t-elle, émue. Mais ça n’a pas marché, après 72 heures, il était parti. M. Ivara est décédé le 21 mai.

Un deuil teinté par la culpabilité, pour Amoti Furaha Lusi, d’avoir infecté ses enfants et son mari.

Je vis, oui, une forte culpabilité. Je me demande si je ne m’étais pas présentée ce jour-là au travail, peut-être que je n’allais pas apporter cela chez moi, dit-elle en sanglots.

Mourir de la COVID-19 à l’âge de 50 ans est une exception. Selon les données de l’INSPQ, le groupe d’âge 50-59 ans représente 1,6 % des décès, 8,5 % des hospitalisations et 14,7 % des cas confirmés à ce jour.

Par écrit, le service des relations médias du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a exprimé ses condoléances à la famille. Nous avons appris avec grande tristesse le décès du conjoint d’une de nos préposées aux bénéficiaires au CHSLD Dorval. Nous tenons à lui offrir toutes nos condoléances ainsi qu’à sa famille. Nous sommes en lien avec la préposée et lui offrons notre soutien pour l’aider dans cette triste et difficile épreuve, dit le message.

L’entraide du milieu

Un couple avec cinq enfants.

Désiré Buna Ivara, son épouse et leurs enfants.

Photo : Radio-Canada

Du soutien, la famille en reçoit ces dernières semaines. Notamment de l’école, où un groupe d’employées a préparé les repas pour la famille pendant près de trois mois.

Après un appel à la mère, on a proposé de faire des soupes-repas, souligne Diane Beauchamps, intervenante à l’école. On a ensemble cuisiné pendant 11 semaines, à fournir à la famille tous les repas, 7 jours semaine. Pour nous, ça allait de soi de soutenir cette famille-là. Le CLSC a pris la relève.

Le voisinage s’est aussi mobilisé. Ce que ça a eu de bon, c’est que quasiment toute la rue s’est rassemblée pour les aider, affirme Julie Hébert. Tous les jours, quelqu’un venait porter quelque chose. On s’assurait qu’il y avait toujours un contact, parce qu’à cinq enfants, toute seule, ça doit être assez tough.

Des proches de l’église First Baptist Church soutiennent également la famille.

Au SCFP, on vérifie par ailleurs si d’autres ressources financières sont accessibles à la famille. Les conseillers sont en train de voir si on ne pourrait pas avoir une compensation pour madame et les descendants, précise M. Deschamps, qui songe également à lancer une campagne de sociofinancement.



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