Quel sera l’effet COVID-19 sur les jeunes athlètes?


(Sportcom) – Une baisse de motivation, de longues réflexions et un encadrement affaibli: ces éléments priveront-ils la communauté sportive d’athlètes prometteurs? Les possibles conséquences qu’aura le confinement sur les jeunes sportifs sont vastes et plusieurs points d’interrogation préoccupent les gens du milieu. 

«Je pense que la COVID-19 nous fera malheureusement perdre quelques athlètes qui auraient pu monter au plus haut niveau, étant donné que le retour sera très difficile, lance la préparatrice physique Maryse Allard. Ça va être intéressant pour la science de l’entraînement de réévaluer les impacts réels sur les athlètes d’élite.»

«Les conséquences peuvent être énormes, à court terme et à long terme», affirme quant à elle la directrice générale de la Fédération de natation du Québec, Isabelle Ducharme.

C’est que le milieu sportif traverse une période sans précédent. Difficile de savoir quels seront les impacts laissés par une telle crise, lors de laquelle entraînements et compétitions sont mis sur pause. Ce printemps hors du commun pourrait être positif comme négatif, tant sur la participation que sur le développement.

«Le talent se développe moins en ce moment et la qualité du judo risque de diminuer, estime l’entraîneur de l’équipe nationale junior, Jean-Pierre Cantin. Je ne serais pas surpris qu’on remarque une baisse de performance, vu ce qui s’est passé. Ç’a été dur pour les sportifs, on leur a enlevé leur bonbon, ce qu’ils préfèrent. Ç’a eu un impact majeur au niveau psychologique.»

Et le développement des athlètes risque d’être influencé indirectement par d’autres facteurs comme la fermeture de clubs ou la perte d’entraîneurs, ce qui créerait un effet domino et les jeunes écoperaient.

«C’est ce dont j’ai le plus peur, soit que certains clubs ne rouvrent pas avec cette nouvelle réalité et qu’on perde des athlètes», admet Cantin.

Cette crainte est réelle pour bien des disciplines. Dans les clubs de natation, ce sont près de 400 entraîneurs, aides-entraîneurs et moniteurs qui ont été mis à pied. Avec la reprise des activités, certains sont de retour sur une base volontaire, mais ce ne sont pas tous les clubs qui sont repartis.

«On reprend tranquillement jusqu’en septembre avec seulement des entraînements. On va voir ensuite si on peut reprendre le cours normal, explique Ducharme. Le but est toujours de faire de la compétition, sans ça, c’est sûr que ça met le sport en péril.»

Retour à la réalité

En plus des contraintes liées à l’entraînement et à la perte de clubs ou d’entraîneurs, de jeunes espoirs pourraient se décourager en reprenant le sport. Les capacités risquent d’être moins grandes en raison de cette longue pause et les sportifs pourraient avoir découvert de nouvelles passions pendant le confinement.

«Je pense que ça va prendre un retour graduel. Les athlètes vont avoir vécu le temps libre et ça peut être dur de reprendre un horaire où tu n’as plus de vie. Est-ce que ça va en faire décrocher?» se questionne la conseillère en orientation Sophie Brassard, qui travaille aussi en soutien aux étudiants-athlètes au sein de la Fondation de l’athlète d’excellence.

Selon elle, le confinement a forcé une pause qui aura fait du bien à plusieurs athlètes, mais l’importance du sport pourrait être réévaluée. «Ils n’ont pas eu le choix de faire revivre les autres sphères de leur vie qui étaient mises sur pause ou qui étaient difficilement conciliables avec leur sport. Ça peut avoir fait du bien de prendre du temps pour soi et ils vont peut-être changer leurs priorités.»

Pour certains, le sport occupe une place de premier plan dans leur quotidien. Pour d’autres, qu’ils soient doués ou non, cette flamme n’est pas aussi forte.

«Celui qui ne tripait pas, il va avoir décroché. Combien? Je n’en ai aucune idée. Ceux qui y allaient pour faire plaisir à papa et à maman, je ne suis pas sûre qu’on va les retrouver dans la piscine», estime Ducharme.

De son côté, Cantin craint que le judo soit mis de côté par ceux qui pratiquent plus d’un sport, puisque les sports de combat seront les derniers à reprendre leurs activités.

«Ceux qui faisaient ça juste pour voir les amis se retourneront peut-être vers un autre sport. Ça va donner l’heure juste sur le niveau d’implication des jeunes judokas. On va voir qui est vraiment mordu du judo et ceux qui veulent continuer, sans équivoque.»

L’autre côté de la médaille

L’inquiétude et l’incertitude occupent l’esprit de tous, certes, mais le confinement pourrait aussi avoir des conséquences positives sur le développement.

«Les études démontrent qu’un athlète mieux balancé va mieux performer et va rester dans le sport plus longtemps, dit Brassard. Si la pandémie fait en sorte qu’il en ressort plus fort comme personne, qu’il sait encore plus ce qu’il aime et pourquoi il fait ça, je vois plus de positif que de négatif.»

La guérison de certaines blessures et le renforcement de certaines aptitudes sont souvent mentionnés depuis quelques semaines. Un entraînement à la maison représente un grand défi, mais pourrait avoir des effets positifs.

«Ils ont dû gérer eux-mêmes leur charge de travail, développer beaucoup d’autonomie et faire preuve d’auto-évaluation. Le report des compétitions peut devenir une très grosse motivation et certains vont voir qu’ils ont besoin de ça dans leur vie», pense Allard.

Avec la reprise des activités sportives au Québec, les judokas des équipes nationales ont repris l’entraînement en respectant les consignes de distanciation sociale et déjà, Cantin perçoit une belle motivation. «L’effet de groupe donne un élan au moral. Tu peux voir qu’ils ont faim. Ils veulent pratiquer et sont très motivés.»

«Peut-être que ça aura développé les athlètes autrement et que ce sera bénéfique. Ce qu’ils faisaient par automatisme va devenir une nécessité. Tous les sports seront affectés au bout de la ligne, mais ce sera moins catastrophique qu’on le pense. Je pense que ça va être positif», ajoute Ducharme.



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