qui ont été les contaminés du confinement ?


Un test de dépistage en « drive-in » à l’hôpital universitaire Pellegrin de Bordeaux, le 7 mai. MEHDI FEDOUACH / AFP

Selon les chiffres de la direction générale de la santé, 8 674 nouveaux tests positifs au SARS-CoV-2 ont été officiellement enregistrés entre le 1er et le 9 mai, en France. Malgré les gestes barrières, malgré la distanciation sociale, malgré le confinement, il y aurait encore, en réalité, de 3 000 à 4 000 nouvelles contaminations chaque jour, selon l’épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité des infections respiratoires de Santé publique France.

« C’est nettement moins qu’il y a un mois, mais c’est encore beaucoup, souligne Anne-Claude Crémieux, professeure d’infectiologie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. On va donc déconfiner avec des chaînes de contamination encore actives et une connaissance très grossière de ce qui se passe. On ne dispose pas d’un état des lieux sur l’ensemble des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], ni dans tous les hôpitaux, et on ne connaît pas les conditions d’infection des nouveaux contaminés alors que cette période aurait dû nous permettre de bien analyser tous ces points. Il n’y a pas eu de réelle stratégie de santé publique pour réussir le déconfinement. »

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« On ne s’est jamais donné les moyens de savoir »

Dès février, les premières études chinoises conduites sur les foyers (clusters) de plus de trois cas ont conclu que 80 % étaient familiaux. Une autre étude, réalisée à Hongkong sur 318 regroupements de malades, a trouvé le même résultat. Loin derrière figuraient les transports.

D’autres enquêtes ont suivi les chaînes de contamination. A Shenzhen, le taux d’attaque secondaire, autrement dit la proportion de personnes en contact avec un premier malade et qui se voient ainsi contaminées, est de 11 % dans la famille, selon une étude publiée le 27 avril dans The Lancet Infectious Diseases. A Taïwan, il est plus bas, proche de 5 %. « Mais hors de la famille, c’est 1 % », insiste Anne-Claude Crémieux, sur la foi d’un article publié dans la revue JAMA Internal Medicine. La professeure d’infectiologie avance encore le constat fait à Wuhan lorsque, après les multiples mesures de distanciation, avec des malades maintenus à domicile, le R0 – c’est-à-dire le nombre de personnes contaminées par un individu infecté – restait à 1,32. « Ils ont décidé d’isoler les patients dans des hôtels réquisitionnés : le R0 est tombé à 0,32. »

Les familles, donc. Mais aussi les hôpitaux et les Ehpad. Didier Guillemot, directeur d’unité à l’Institut Pasteur et professeur de médecine à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), vient de lancer une vaste étude pour tenter de déterminer l’ampleur et l’origine de la contamination des personnels hospitaliers. « Lorsqu’on hospitalise les patients les plus contagieux, fait-on baisser cette dynamique car on contrôle ainsi des vecteurs potentiels, ou l’hôpital joue-t-il au contraire un rôle d’amplificateur ? » Le professeur Guillemot entend bien apporter une réponse. « Mais pas avant début juillet », avertit-il. Ce n’est également pas avant juillet que le professeur Philippe Vanhems, des Hospices civils de Lyon, espère disposer des premiers résultats d’une étude du même type sur les Ehpad de la région, qui devrait permettre d’y caractériser les regroupements de cas, selon la situation des patients, des soignants, l’organisation des ressources, l’environnement extérieur…

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