« révélateur des questions générationnelles et des priorités parfois incompatibles entre les plus âgés et les plus jeunes »


Tribune. « On est tous dans le même bateau » est une des phrases les plus entendues depuis le début de la crise du Covid-19. Si cette expression se veut un appel symbolique à la solidarité et à la responsabilité commune, elle s’avère néanmoins fondamentalement inexacte.

En effet, la brèche créée par la crise du Covid-19 est d’abord sociale. Le brusque frein à l’activité économique affecte en premier lieu les personnes dont la situation est la plus précaire, qui ont plus de risques de perdre leur emploi et sont moins résilientes sur le plan financier. De la même façon, être confiné dans un appartement urbain surpeuplé ne constitue pas la même expérience que lorsque l’on se trouve dans une vaste maison de campagne.

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Cependant, au-delà des inégalités économiques et sociales dramatiquement accentuées en période de crise, la situation exceptionnelle que nous vivons constitue surtout un révélateur des questions générationnelles, et des priorités parfois incompatibles entre les plus âgés et les plus jeunes. Le concept philosophique de justice intergénérationnelle, qui pense la distribution des avantages entre les générations, devient dès lors un prisme pour l’analyse des réponses des pays face au Covid-19.

Le facteur déterminant de la mortalité est de loin l’âge

Les générations sont inégalement affectées par la crise du Covid-19. D’un côté, ce sont les personnes âgées qui constituent la principale population à risque. Une étude de l’université d’Oxford et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, en cours de validation par la communauté scientifique, conclut que le facteur déterminant associé à la mortalité de la maladie est de très loin l’âge. Avec un taux de mortalité de 12,64 %, les patients de plus de 80 ans présentent un risque de décès 180 fois supérieur à celui des 18-40 ans.

Les personnes âgées représentent également la majeure partie des hospitalisations. Ainsi, la lutte contre la propagation du virus vise en priorité à protéger ces populations et à leur assurer un suivi médical de qualité. De l’autre côté, si les populations plus jeunes développent généralement une version bénigne du Covid-19, ce sont elles qui supporteront en majorité les conséquences du confinement.

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L’Organisation international du travail (OIT) explique que les jeunes ont trois fois plus de risques que le reste des travailleurs de se retrouver au chômage en conséquence de la crise actuelle, qui pourrait amputer de 8 % la croissance du PIB français en 2020. Après la destruction nette de 450 000 postes au premier trimestre 2020 et une perte de fluidité de la réallocation des emplois, les mois à venir s’annoncent compliqués pour le marché du travail.

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