Sans-abris: la canicule pire que la COVID-19?


La chaleur cet été risque de faire plus de morts que la COVID-19 chez les itinérants. 

C’est en tout cas la hantise du PDG de la Mission Bon Accueil, Sam Watts, qui garde en mémoire une canicule qui avait fait plusieurs morts dans la rue il y a une dizaine d’années.

«Il faut que tout le monde soit vigilant, comme lorsqu’il y a des froids extrêmes en hiver. Il ne faut pas hésiter à appeler Urgences-santé quand on voit quelqu’un qui n’a pas l’air à bien aller», a-t-il insisté, alors que le mercure élevé et l’humidité se feront sentir à Montréal jusqu’à mardi.

Jusqu’à présent, la vague de chaleur qui déferle sur la métropole n’a pas fait de morts parmi les sans-abri, à la connaissance de M. Watts.

Sur le terrain

Il faut dire que les refuges et les services d’urgence ont un plan bien rodé pour ce genre de situation. Tous organismes confondus, c’est environ une soixantaine de travailleurs de rue qui arpentent Montréal chaque jour depuis le début de la canicule pour donner des bouteilles d’eau aux personnes itinérantes à l’extérieur, d’après M. Watts.

Ces intervenants ont aussi la délicate tâche de convaincre des gens intoxiqués, qui n’ont souvent pas conscience de la chaleur accablante, de rentrer à l’intérieur.

«Dans un sens, la situation de la COVID complique les choses comme les centres de jour sont fermés et qu’on peut donc accueillir moins de gens. Mais en même temps, avec les ressources d’urgence mises en place par la Ville pour la pandémie, on a plus de place pour le soir», a mentionné Émilie Fortier, directrice des services à la Mission Old Brewery.

Depuis le début de la crise du coronavirus, ce sont environ 300 personnes de plus qui peuvent être logées chaque nuit à Montréal à cause de ces ressources d’urgence. Selon Mme Fortier, c’est bien là la preuve que les refuges permanents, comme le sien, manquaient cruellement de moyens depuis plusieurs années.

Or, l’état d’urgence ne pourra être renouvelé indéfiniment et ces ressources d’urgence devront tôt ou tard fermer leurs portes.

Le pire reste à venir

Tant à la Mission Old Brewery qu’à la Mission Bon Accueil, on anticipe que les prochaines canicules seront plus difficiles à gérer dans ce contexte.

«On ne s’attend pas à ce que nos ressources reviennent à la normale avant septembre ou octobre», a dit Émilie Fortier.

Parallèlement, la population itinérante va certainement augmenter après le 1er juillet. C’est le cas chaque été, mais cette année, ce sera fort possiblement pire à cause de la situation économique.

«Dans nos banques alimentaires, on voit beaucoup de gens qu’on n’avait jamais vus avant. Il y a des gens en situation extrêmement précaire qui vont se demander à la fin du mois: « est-ce qu’on paie notre loyer ou notre nourriture? »» a illustré Sam Watts.

Face à ces défis immenses, le PDG de la Mission Bon Accueil ne serait pas surpris que les prochaines canicules causent plus de ravages dans la rue que la COVID-19 depuis le début de la pandémie, bien qu’il se préoccupe également des impacts d’une éventuelle deuxième vague.

Jusqu’ici, seulement 21 itinérants ont été officiellement touchés par la COVID-19 sur les quelque 700 tests effectués auprès de cette population, a indiqué M. Watts.



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